DU MACHU PICHU A CUZCO
PASSAGE A OLLANTAYTAMBO
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SOUS LE SOLEIL
DE LA CORDILLERE DES ANDES
DU MACHU PICHU A CUZCO
PASSAGE A OLLANTAYTAMBO
DE PUNO A LA VALLEE DES MORTS
LES GRENIERS DE RAQCHI
Dans l’après-midi, ce sont les greniers de Raqchi où les Incas pouvaient faire des réserves énormes de nourriture, pour les temps de disette, car le climat difficile rend les récoltes aléatoires. Quatre-vingt greniers aux capacités incroyables ! Comment sauvegarder la nourriture ? En la dessèchant ! Ainsi, avec les pommes de terre, on fait la tounta : on les fait geler ; les femmes les foulent aux pieds pour en détacher la peau ; elles trempent quinze jours dans l’eau glacée puis elles sont séchées à la gelée nocturne ! Tous les légumes sont ainsi transformés pour être conservés indéfiniment.
Cuzco, vu des ruines de Puka-Pukara, est une immense étendue de toits de tuiles rouges cernée par des collines stériles. Les murs impressionnants faits, comme partout, de pierres ajustées et encastrées, font inévitablement penser à une forteresse, comme le croyaient les Espagnols ; c’était très certainement un centre de douane, un point de contrôle des pèlerins et des voyageurs. Le centre cérémoniel a la forme du puma.
PREMIER CONTACT
AVEC CUZCO,
CAPITALE DES FILS DU SOLEIL
Nous ne passerons qu’une nuit à Cuzco avant de repartir le lendemain dans la vallée sacrée des Incas. Juste le temps de découvrir, en fin d’après-midi, la place Huaycapata située à l’endroit exact désigné par Manco Capac ; elle est bordée par la cathédrale, imposante et lourde, construite sur l’emplacement du palais de l’Inca Viracocha, le Quisharcancha, avec les matériaux des palais voués à la démolition par des conquérants avides d’asseoir leur pouvoir sur les ruines de l’empire vaincu. Chaque Inca, chaque « Fils du Soleil », construisait son propre palais sans reprendre celui de son prédécesseur !
L’église baroque de la Compañia s’adosse à la cathédrale, construite par les Jésuites sur les ruines du palais du onzième Inca, Huyna Capac ; là, les artistes indiens la marquèrent de leurs croyances irréductibles par les représentations fréquentes de la lune et du soleil, mais aussi du serpent.
En remontant vers Amaru Hostal où nous logeons, partout, les bases des constructions espagnoles sont faites de murs anciens, parfois de pierres rectangulaires alignées, homogènes et compactes, parfois d’énormes pierres polygonales ajustées avec une précision phénoménale. Cuzco fut le « nombril » d’un monde, comme jadis Delphes en Grèce !
Que nous dit la Légende ? Les ancêtres primordiaux, Manco Capac et Macma Ocllo enfants du dieu Soleil Inti, lorsqu’ils sortirent du lac Titicaca, marchèrent jusqu’à Cuzco ; là le bâton d’or que le Soleil avait donné à Manco Capac s’enfonça dans le sol, et ils fondèrent la ville. Ils apportaient avec eux l’arbuste coca, un cadeau du Dieu créateur qui leur avait dit : « Puissiez-vous toujours me considérer comme votre père et enseigner aux enfants à m’honorer comme tel ! ». Cuzco est encore aujourd’hui la capitale de la coca.
Une autre version du mythe assure que Manco Capac triompha de ses trois frères et de leurs sœurs-épouses pour instaurer la civilisation ! Qu’importe ! Il y eut ici en des temps ô combien reculés, un Age d’Or, une connaissance véritable ; c’est-à-dire que le Lien Terre-Ciel fonctionnait justement… Nous en avons, au fond de nous, la nostalgie. Nous voudrions tous vivre dans un monde autre que celui que nous connaissons. Sans cesse les paradis qui habitent encore nos rêves remontent de notre mémoire cellulaire pour se traduire par des utopies qui n’arrivent jamais à maturité. Dans la culture judéo-chrétienne où notre société plonge ses racines, le mythe du paradis perdu est encore vivace. A en croire la Genèse, l’Homme Primordial habitait le “Jardin d’Eden” qui n’était que paix et amour. Tous les règnes de la création communiquaient dans l’harmonie et le Créateur était dans le contentement.
Cet état paradisiaque a-t-il existé dans la réalité terrestre ? On en doutait fortement jusqu’à une époque récente où une découverte vint perturber gravement les hypothèses des ethnologues ! Des amérindiens construisirent au nord du Pérou, il y a cinq ou six mille ans, les six pyramides de Caral[1] aussi imposantes que celles d’Egypte, la plate-forme qui les relie, l’amphithéâtre et le temple découverts il y a quelques années par l’archéologue péruvienne Ruth Shady. Pendant 1000 ans, les nombreux habitants de cette cité vécurent dans la paix, la joie et l’abondance. Ils cultivaient et commerçaient. Nulle trace de céramiques, ni d’outils de fer, aucune trace de guerres, de combats, de signes de peurs. Par contre, au fond des récipients qu’ils utilisaient, des traces blanchâtres d’aphrodisiaques, d’ayahuesca, de médications à base de plantes. C’est le seul endroit actuellement connu au monde qui témoigne d’un âge d’or ancien, la seule preuve connue que la guerre et le meurtre ne sont pas constitutifs de la nature humaine ! Cette cité aurait disparu à la suite d’aléas climatiques. Cette découverte met en miettes l’hypothèse que la guerre est inhérente à la condition humaine, comme veulent le faire croire ceux qui en font leur commerce ou qui acceptent l’état des choses en justifiant leurs lâchetés et leurs impuissances par une conception mentale !
Quelles sont les causes de cette éclipse presque totale des valeurs naturelles les plus saines, celles de joie, d’amour, d’abondance, de paix ? Comment s’est produit cette contre-nature qui pousse l’homme à la domination, au meurtre, à la guerre, au génocide, à la surexploitation des richesses dites naturelles ? Péché originel, ignorance, « erreur à l’égard de l’Origine »[2 ? Cette dernière dénomination est pour moi la plus juste. Toujours est-il que le mental humain a voulu instaurer sa domination sur la nature. Les traditions issues de la Tradition primordiale ont su longtemps maintenir la justesse, mais elles furent submergées, au fil des temps, par les projections mentales qui distordent l’Ego de la personnalité divine en chaque humain en sa caricature qu’est l’égo mesquin, individualiste, coupé de la Source de l’Unité du multiple. De l’indivi-dualité, le 2-1 de l’Evangile de Thomas, cette déformation a fait de chaque terrien un individu-alité, le 2 coupé de l’unité, hors de son lit, pris et déchiré dans les rets de la dualité ! Ainsi se sont succédés âges d’or, d’argent, de bronze et de fer, ultime aboutissement que nous vivons actuellement dans sa phase de destruction la plus grande, tandis que s’ensemence un nouvel âge d’or à venir. Ainsi se succèdent les cycles depuis la nuit des temps ! René Guénon précise que dans chaque âge se succèdent d’ailleurs les âges d’or, d’argent, de bronze et de fer. Serions-nous dans l’âge de fer de l’âge de fer ?
A Puno, nous avons rencontré Fernando qui va nous accompagner toute une semaine dans la vallée des Incas. Austère et froid d’apparence, mais chaleureux sans sentimentalité, ce fut un guide précieux, alliant des connaissances ésotériques à un savoir scientifique et historique ; il a écrit un livre très bien documenté, expliquant la symbolique des astronomes et des architectes de cette civilisation. Il a écrit, en quelque sorte, l'équivalent là-bas du livre sur la Vouivre, l'équivalent de The Sun and the Serpent [3] pour la Cornouailles ! pour la Cornouailles !... Il a semblé, à certains, être la réincarnation d’un ancien Inca, tant ses connaissances ésotériques sont précises, ses convictions fortes et sa fierté du passé grande ! Il a publié, avec d’autres collaborateurs, un livre remarquable qui résume toutes les observations qui ont pu être faites[4]. Nombre de constatations et d’informations qui suivent proviennent des commentaires qu’il nous fit.
A notre retour à Cuzco, nous visiterons plus longuement cette ville extraordinaire, la cité de l’or. Pour l’heure, nous prenons la direction du Machu Picchu par la route qui suit les méandres du rio Vilcanota.
[1] - L’aventure humaine : Les pyramides oubliées de Caral, de Martin Wilson (G.B.) - ARTE, le 14-12-2002.
L'AUBERGE DE LA CREVASSE, TAMPU MACHAY
Notre premier arrêt sera pour le site de Tampu Machay, «auberge de la crevasse», impressionnante construction que les Espagnols prirent là aussi pour une forteresse ! Fernando nous certifie que c’était une sorte de douane accueillant, contrôlant et logeant les pèlerins nombreux qui venaient à Cuzco, à pied, par des itinéraires ô combien difficiles et accidentés. Nous allons ensuite vers la Source guérisseuse, ancien lieu de pèlerinage traditionnel, située à quelques centaines de mètres. Elle a trois niveaux. Tout en haut, les quatre portes en trapèze, sceau de la propriété de l’Inca, rappellent qu’il régnait sur les quatre provinces. Au second palier, la source est unique et se divise en deux au dernier palier. Là, sur les conseils judicieux de Fernando, nous faisons le rituel traditionnel, prenant de l’eau de la main droite et de la main gauche, nous nous la versons sur la tête. L’une est yin et l’autre yang. Puis nous montons boire à la source unique qui a donné naissance à ce dualisme… LA VALLEE DES MORTS
Nous reprenons la route pour Pisaq. Elle suit la vallée fertile du rio Vilcanota, qui se dénomme ensuite rio Urubamba. La vallée sacrée des Incas, étroite et encaissée, étale ses champs fertiles ; ils ont nécessité un travail extraordinaire. Partout, les cultures en terrasse escaladent des pentes abruptes tandis que les villages sont ramassés au bord du rio. Le moindre carré de terre est mis en valeur. Lorsqu’on arrive de la pauvre Bolivie, on est frappé ici par la proximité des arbres, par l’abondance de la végétation qui devient de plus en plus luxuriante au fur et à mesure que l’on descend vers Agua Caliente, porte de l’Amazonie. Dans les champs, les Péruviens cultivent encore un nombre incroyable de variétés de pommes de terre et de maïs, des tubercules appelés ocas. « La terre est aimée comme une mère. Elle distribue les récoltes servant à nourrir l’humanité ; les femmes enceintes adressent leurs prières à la mère terre. Les Péruviens honorent particulièrement la terre à l’époque des semailles, et aspergent les champs de chicha (maïs fermenté).
Nous escaladons tant bien que mal les champs en terrasse pour dominer une immense falaise, d’une hauteur remarquable, suivant la vallée. C’est celle des morts, celle du vieux condor dont la silhouette est comme imprimée dans la roche. Là les pèlerins âgés venaient pour mourir, là on apportait les corps des défunts pour les rites mortuaires : les prêtres procédaient aux cérémonies ; les corps étaient préparés, éviscérés, desséchés et momifiés. Les inhumations se faisaient dans les grottes de la falaise qui étaient ensuite obstruées. Un nombre inimaginable d’indiens reposent là. Fernando nous dit que les grottes ouvertes sont celles qui ont été profanées. Dans ce lieu, en lien avec la constellation du condor, le « Vieux Condor » emporte l’âme des morts dans la voie lactée (comme les âmes des pharaons rejoignaient après leur mort la constellation d’Orion). Mais, nous précise Fernando, les nobles n’ont pas besoin du Condor pour rejoindre les étoiles ! Cela se comprend en vérité si l’on sait ce qu’est la noblesse véritable, celle du corps, du cœur et de l’esprit, tout comme l’est la royauté véritable. Dans la prière suivante datant de deux millénaires avant J.-C., les traces de la Tradition primordiale sont perceptibles :
Le maïs, la coca, la pomme de terre sont des plantes sacrées de nature féminine. (1)» Dans certaines danses traditionnelles au son des grandes quena, l’homme représente l’oca et la femme la pomme de terre.
Au hasard de la route, nous voyons les troupeaux de moutons, de lamas, d’alpagas qui paissent sous l’œil des bergères quechua dans les espaces moins fertiles.
Nous nous arrêtons dans un site extraordinaire, des ruines perchées sur une colline escarpée.
« Viracocha, seigneur de l’Univers Sans doute est-ce mal compris actuellement et la traduction est-elle maladroite. Elle garde les traces de vérités métaphysiques anciennes. Ne dit-on pas que de son souffle, il aplatit ou élève les sierras, il allonge les plaines, comble les vallées. L’eau ou le feu jaillissent des rochers sous ses pas. Viracocha est partout, sans localisation ; il est la source originelle, « la grande Cause première », au-delà du masculin et du féminin, l’ancêtre originel qu’on pourrait dire androgyne comme il est dit du premier Adam, Adam Kadmon, dans le Zohar.
LE MARCHE DE PISAQ A Pisaq, l’ancienne forteresse coiffe le sommet de la haute colline dentelée ; elle est imposante. Ces pierres roses ajustées sont encore mieux taillées que celles de Cuzco ! Elle est au centre d’une couronne de montagnes découpées par les gorges de rios que l’on dit poissonneux. Ce fut jadis un lieu stratégique. Les bâtiments sont impressionnants et les cimetières s’étendent sur plus de quatre kilomètres, donnant une idée de ce qu’a été le peuplement ici.
[1]- Marcelino Barahona dans La médecine des Indiens du Pérou – Faculté de Médecine Paris-Nord, Bobigny, 1992, p. 14. [2] - Ibidem. [3] - Idem, p. 12. [4] - Idem. [5] - Ils utilisent entre autres : « - l’algorrobo (Prosofis linensis). De cette plante on extrait un jus, l’algorrobina, qui soigne l’impuissance sexuelle, - la Misha, mélange de plusieurs plantes, utilisée contre les maladies infectieuses (accompagnée de 10 jours de diète), - la Callahuala (Polypodium callahualla), dépurative et provoquant la transpiration, - Escoyonena (Homiantes multiflores), émolliente et diurétique, - Juan Alonzo (Xanthium ambrosoides), en fusion contre l’alcoolisme, - l’alchicoria, contre l’anémie, - del Soldado o’matico (Piper augustifolium), pour cicatriser les blessures. » Marcelino Barahona dans La médecine des Indiens du Pérou – Faculté de Médecine Paris-Nord, Bobigny, 1992, p. 21. [6] Le Pérou est le premier exportateur de… farine de poisson avec laquelle on nourrissait il y a peu herbivores et carnivores ! [7] - Curieusement, le taureau est aussi l’animal totémique des espagnols ! [8] - « Sauvons les Tribus pour sauver notre avenir » - Dossier de Ariane Fiess, Robert Gelly et Eugène Linden, Revue Ça m’intéresse, n° 130, décembre 1991. [9] - La Vouivre un symbole universel – Kinthia Appavou et Régor R Mougeot, ch. « L’état naturel de l’homme », 3e édition à paraître prochainement aux Editions EDIRU.
Que tu sois masculin ou féminin
Seigneur de la reproduction
Qui que tu sois
Seigneur de la divination, où es-tu ?
Peut-être es-tu en haut,
Peut-être es-tu en bas.
Ecoute-moi :
Dans le ciel au-dessus, où tu es peut-être,
Dans la terre au-dessous, où tu es peut-être.
Oh viens donc, Toi qui es grand comme les cieux
Seigneur de toute la terre, grande cause première,
Orienteur des hommes,
Dix fois je t’adore, en conservant mes yeux tournés vers le sol,
Cachés par les cils, je te cherche.(2) »
Cette falaise ressemble en tout point à celle de Bandiagara où les Dogons, au Mali, inhument leurs morts dans les grottes en descendant les corps depuis le sommet de la falaise avec des cordes, comme ici. Ils sont en lien avec la planète Sirius.
Les Indiens savent qu’ils sont éternels. Ils « croient que les esprits de leurs ancêtres, les sages guérisseurs, ont rejoint la sagesse du grand Esprit lumineux, et continuent à travailler dans le monde invisible pour les vivants, communicant sous diverses formes avec l’être humain, pour faire de la terre un lieu de paix et de fraternité.
Les Indiens savent que leur passage sur la terre sera unique. Pour cette raison, ils vivent intensément leur vie sur terre.
Les vivants et les morts sont unis pour toujours.(3) »
Certes, ce sont là les croyances traditionnelles communes à tous les peuples aborigènes. Même s’il y a « réincarnation », sur terre, comme le croient certains, chaque existence restera unique et il est essentiel d’oser vivre !
En bas, dans la vallée, la ville de Pisaq étale un marché inoubliable ! A côté de tout l’artisanat magnifique qui fait le bonheur des touristes, il y a la partie vivante du commerce local. On y trouve tout ce qui est tissé, tout ce qui est cultivé par un peuple industrieux, habile et courageux : mantas - amples châles des femmes, ponchos, étoffes tissées avec le métier traditionnel - le telar de cinturon, lainages et cotonnades. Mais aussi des instruments de musique : harpes, tambours de toutes tailles en peau de lama, sifflets, des sortes de mandoline, des flûtes maintenant en roseau et jadis en os, en souvenir de cet Indien inconsolable qui, après la mort de sa bien-aimée, tailla la première flûte dans l’os de sa jambe ! Des flûtes de terre aussi, renflées comme des grenouilles ! Et puis tout un capharnaum : pharmacopée, calebasses décorées, pommes de terre des plus petites aux plus grosses, quinoa, maïs aux couleurs surprenantes - non seulement jaune d’or, mais noirs ou rouges, fèves, carottes, tomates, rudas - sorte de pigment gonflé, la hierba bona - menthe que l’on fait infuser dans le matte, l’écorce de la chincona capable de lutter contre la malaria, des amulettes, des poudres de toutes les couleurs pour les teintures, des coquillages, des chuquichuquis, insectes noirs et rouges, toutes sortes de chenilles, toute une apothicairerie étrange pour nous. Les guérisseurs, les chamans, tout comme les médecins d’ailleurs, les utilisent. Ils « sont en communion avec les esprits qui les aident.[4 », ils soignent par les plantes, les racines, les feuilles, les fleurs, les fruits, les écorces d’arbre[5]… Mais leurs pratiques et leurs enseignements furent déclarés hérétiques et démoniaques par les évangélisateurs catholiques ! « Les missionnaires déclarèrent que la maladie est une punition de Dieu. Ils martyrisèrent l’âme des Indiens par l’idée du péché, de l’enfer, du démon, et du péché de chair » tout comme ils le firent partout où ils oublièrent que Dieu, l’Energie de la Vie, est Amour !
Par endroits, des marmites chauffent sur le feu de bois. Les Indiens se régalent de boulettes frites farcies de viande et de pommes de terre, de tamales - pains de maïs roulés avec des légumes, de morceaux de cœur de bœuf, de truites du lac Titicaca[6]. Ailleurs, c’est la chicha, faites avec le maïs fermenté qui est vendu dans des jarres de terre séchée.
Les toits des maisons de Pisaq, comme dans tous les villages de la vallée, portent sur leur faîte le couple de taureaux protecteurs qui assure la fécondité[7]. On peut voir dans les champs, ces couples de taureaux attelés aux araires dont le soc est encore en bois. Jadis, et sans doute encore aujourd’hui, « les Indiens des Andes demandaient pardon à la Terre-Mère de l’avoir blessée en labourant pour cultiver le sol et prélevaient ce qui était nécessaire à leur subsistance. Ils lui étaient reconnaissants de les nourrir. De même demandaient-ils pardon à l’animal qu’ils tuaient par nécessité. Ils maintenaient les traditions et légendes de leur race. Tous les hommes rouges savaient que “blesser la Terre est se retourner contre son créateur[8]” »[9]
Que de leçons pour les Occidentaux !
L'ILE DU SOLEIL,
LE CENTRE ENERGETIQUE
DE LA CORDILLERE
Au pied du JAGUAR SACRE.
Nous arrivons au Rocher du Jaguar nommé Titi-Kak ; il donna son nom au lac le plus haut du monde, cette mer des Andes de 8 300 km2 d’eau douce. Il est véritablement impressionnant ; la tête du jaguar est nettement visible dans le rocher. Mariano, Nelson et leur acolyte le bénissent, l’aspergent d’alcool, assumant ainsi leur fonction traditionnelle. Lorsque je m’approche du rocher, je ressens une énergie intense comme jamais je n’en ai ressentie dans d’autres Hauts-Lieux pourtant très chargés.
Mariano officie; au fond, le Tiki Tak. Si le lac Titicaca est le centre énergétique de cette Cordillère des Andes, ce rocher en est le point fort ; là nous sommes sur un axe cosmo-tellurique extraordinaire, un axe du monde plus impressionnant encore que ceux du Mont-Saint-Michel en France ou de Védra à Ibiza. Là, Viracocha a créé l’univers, la terre, la lumière, les animaux et l’homme ! Et Manco Capac, le premier homme, est sorti, le bras droit levé, de ce lac ! Le vol de l'aigle noir. Celui-ci est aussi céleste puisqu’un mythe raconte que le dernier des jaguars, après leur extermination par l’homme, a trouvé refuge dans la lune qui le cache et le protège. C’est depuis ce temps-là que ces félins sont devenus nocturnes… Je reviens du nord du Québec et je sais que se noue actuellement l’alliance de l’Aigle et du Condor, des Indiens du Nord et du Sud ; ils conjuguent leurs forces au service de la Terre Mère.
Façade au trois portes du Temple de la Lune. Des fouilles pourraient dégager davantage ce lieu qui fut plus étendu qu’il ne paraît. Alors que le guide, relayé par Eric le traducteur, explique que, jadis, l’île était interdite aux hommes et que les prêtresses qui habitaient ce Temple étaient des vierges consacrées au culte, je suis pris par une impression extraordinaire, celle d’avoir vécu là il y a très longtemps, des millénaires sans doute, une existence de prêtresse occupée à filer le fil de vigogne pour tisser les vêtements sacerdotaux des grands prêtres ! C’est un « ressentir » qui n’a de valeur que pour moi. Quelque chose est inscrit dans ma mémoire cellulaire qui a trait à ce lieu. D’où cela provient-il ? D’une continuité de conscience, c’est certain. Devant les ruines situées en face du temple lunaire, je vois une longue pierre cylindrique sculptée qui était jadis l’objet d’un culte phallique. Une autre participante a vécu là, elle aussi, à cette époque ; elle fut ma compagne en des temps moins anciens sur des terres celtes ou viking ! Tant de mystères s’inscrivent dans l’Illusion où nous sommes immergés, dans le rêve que nous traversons, dans cette Manifestation si extraordinaire et si mystérieuse… L'ensemble des ruines sur les pentes abruptes de l'île.
Le jaguar parfaitement tracé au sommet du rocher ! Certains rejoignent l’embarcadère par le rivage ; d’autres, plus aguerris, escaladent le flanc abrupt de l’île par le sentier des bergers pour jouir d’un paysage pour moi particulièrement émouvant, surtout lorsque, suivant la ligne de crête, nous redescendons le long du Temple des prêtresses de la Lune. [1] - L’être vierge est « vierge de toute notion, y compris de la notion de virginité » ( Emmanuel-Yves Monin). AUX ÎLES DES OUROS
Eric devant l'autel.
De jeunes touristes, boliviens ou péruviens, escaladent le rocher sacré. Cela ne dérange en rien nos chamans. Sur le grand autel dressé en plein air devant le Titi-Kak , nous nous réunissons en cercle pour un rituel à la Pachamama ; après l’Akulli, nous nous donnons l’accolade. C’est un long moment d’intense émotion.
Partout où nous irons par la suite, nous retrouverons ces jeunes touristes, des lycéens boliviens ou péruviens à la recherche, certes un peu exubérante, de
leurs origines. Au Pérou plus particulièrement, les adolescents se paient, grâce
à la vente d'artisanat ou par le gain de petits services, ces voyages, patronnés par
l'enseignement pour partir à la quête de leur culture ancestrale, celle des Incas, et retrouver la fierté d’un passé millénaire. C’est un effort touchant, surtout en Bolivie, dans
un pays si pauvre et si démuni, et prometteur d’avenir.
Un peu plus loin sur le flanc de la colline, au-delà du rocher, il y a les ruines de Chincana, le temple solaire avec la grotte adjacente, un palais et un cloître ; tout cela forme un véritable dédale de salles et d’escaliers car les niveaux sont différents ; leurs fenêtres dominent l’île d’une manière impressionnante. Dans toutes les Andes, la Fête du Soleil, l’Inti Raymi correspondau solstice d’hiver.
En redescendant, au-dessus de ma tête, un aigle noir plane longuement ; c’est l’oiseau céleste dont l’énergie vient compléter celle du jaguar.
Le Temple de la Lune
Le lendemain, le même bateau nous mène sur l’île de la Lune, située en face de celle du Soleil. Nous accostons près du village et nous sommes assaillis gentiment par une horde de femmes et d’enfants vendant des souvenirs. Le gardien du lieu nous guide pour escalader le flanc de la colline jusqu’à la grande cour rectangulaire du Temple de la Lune dont la façade, sans doute restaurée, est encore grandiose. En face d’elle et sur les côtés de cette cour, des murs et des habitations en ruines.
Dans sa vocation première, cette île n’était nullement interdite aux hommes. Ceux-ci construisirent et entretinrent ce temple ; ils s’occupaient des cultures vivrières, assuraient les allées et venues en bateau, allaient à la pêche et mille autres choses. La virginité physique n’avait aucun sens[9] au temps de cet âge d’or, ou à tout le moins d’argent. Si elle fut imposée par la suite, ce ne fut qu’à une époque où la connaissance traditionnelle était perdue, celle de la décadence inca correspondant à la plus grande puissance apparente de son empire. Tant de légendes ne reposent sur rien, interprétations des conquérants qui projetaient leurs maladies mentales sur des traductions approximatives, sur des faits et des notions qu’ils ne pouvaient ni ne voulaient d’ailleurs comprendre ! Ou bien perte de la connaissance par ceux qui répètent de génération en génération ce qu’ils ne comprennent plus et réduisent tout à leurs limitations. au temps de cet âge d’or, ou à tout le moins d’argent. Si elle fut imposée par la suite, ce ne fut qu’à une époque où la connaissance traditionnelle était perdue, celle de la décadence inca correspondant à la plus grande puissance apparente de son empire. Tant de légendes ne reposent sur rien, interprétations des conquérants qui projetaient leurs maladies mentales sur des traductions approximatives, sur des faits et des notions qu’ils ne pouvaient ni ne voulaient d’ailleurs comprendre ! Ou bien perte de la connaissance par ceux qui répètent de génération en génération ce qu’ils ne comprennent plus et réduisent tout à leurs limitations.
De retour à l’embarcadère, nous longeons la côte à travers galets et éboulis, sous la conduite de Mariano. Il s’arrête, inspiré par la Pachamama, près d’un grand rocher qui a arrêté sa chute juste au bord de la mer. Nous ferons là un rituel, mariant les eaux des îles Hawaï à celles du lac Titicaca, ainsi que celles de l’Océan Indien, unissant l’énergie du dauphin à celle du jaguar. Après avoir mangé rituellement les feuilles de coca ensemble une nouvelle fois, nous formons deux cercles, les pieds dans l’eau. Le cercle des femmes est entouré par celui des hommes. Instant d’union totale entre nous, mais aussi avec les éléments, avec la Terre-Mère et le Ciel-Père, avec le cosmos, avec le Tout de la vie manifestée. Sur le rocher une ligne blanche très visible dessine comme une carte de géographie. Mariano y voit la carte de la Bolivie !
Mariano près du rocher.
La Terre Mère n’a que faire des frontières artificielles tracées par les fantasmes humains ! Chacun de nous, même inspiré, peut ainsi laisser ses notions dévier l’inspiration qui le traverse. Mon « ressentir » me fait dire que c’est là le plan du Temple de la Lune ! Cela n’est peut-être qu’une projection aussi ! Par contre, en haut du rocher, dans le creux, se voit très distinctement la gravure du jaguar ! Je l’ai montré à Mariano et aux autres…
La Terre Mère n’a que faire des frontières artificielles tracées par les fantasmes humains ! Chacun de nous, même inspiré, peut ainsi laisser ses notions dévier l’inspiration qui le traverse. Mon « ressentir » me fait dire que c’est là le plan du Temple de la Lune ! Cela n’est peut-être qu’une projection aussi ! Par contre, en haut du rocher, dans le creux, se voit très distinctement la gravure du jaguar ! Je l’ai montré à Mariano et aux autres…
DE COCACABANA
[1] - Jehan Vellard – Dieux et parias des Andes. Les Ouros. Ceux qui ne veulent pas être des hommes. – Ed. Emile Paul, 1954, p. 182.
Lac Titicaca, vue par satellite.