DE LA PAZ AU LAC TITICACA

Publié le par Robert-Regor Charles Mougeot

DE LA PAZ
AU LAC TITICACA,
 
 
 
 
 
LA CORDILLERE DES ANDES
 
ET LE CULTE DU SOLEIL
 
 
 
 
DE SAO POLO A LA PAZ,
 
LE LAC DIAMANTE ET LES TOURBILLONS TELLURIQUES

Après des heures d’attente, l’avion décolle de Sao Paulo. Je jouis par le hublot d’une vue extraordinaire. L’immense plateau brésilien déploie ses champs assemblés comme les pièces immenses d’un gigantesque patchwork aux dominantes rouges, parcourues par des serpents de bitume. Par endroits, quelques brumes sous lesquelles apparaissent les courbes élégantes que tracent, dans les campos, le Parana et ses affluents ; ailleurs des masses de nuages cotonneux. Plus loin, le Paraguay, entouré d’une coulée verte, dessine des orbes étranges, souples comme les calligraphies arabes qu’elles gravent sur cet immense parchemin. Seuls les dieux des sommets des Andes peuvent déchiffrer cette écriture que l’érosion imprime sur la Pachamama, la Terre Mère … Etangs, rivières, cultures, forêts, collines aux croupes érodées jonchent un plateau interminable. Aridité ensuite de la sierra jusqu’à Santa-Cruz, où l’on revoit les mêmes orbes ensablées des cours d’eau bordés de champs étirés en longueur.
Au sud de Santa-Cruz de la Sierra, une barrière montagneuse en dents de scie émerge des nuages. Je songe aux premiers conquérants de la traversée des Andes, à Guillaumet surtout, dont l’exploit est encore légendaire, sans doute pour avoir lu cette communication télépathique :
«  Filière Cordillère des Andes…
Se concentrer et se documenter sur tout le trajet de la première traversée aérienne de la Cordillère des Andes… car c’est avec l’Aide Télépathique Extra-Planétaire que la voie a été ouverte, et le fait de rechercher le parcours-itinéraire vous fera apprendre beaucoup de choses !
Il convient de penser, particulièrement, au passage du lac “Laguna di Diamante”, en forme d’huître… A cet endroit, les tourbillons telluriques sont très puissants parce que les courants telluriques sont renforcés, au plus haut point, par le pouvoir attractif de la Cordillère. C’est pour cela que les avions, subissant cette attraction, se fracassaient implacablement dans l’abîme.
Notre Aide a consisté à établir et à dynamiser, en ce point infranchissable jusqu’alors, un juste Equilibre des Forces Telluriques par rapport aux Forces Aériennes Cosmiques, ce qui a eu pour effet de diminuer la puissance d’attraction magnétique de la roche et de libérer “l’engin volant” de ce pôle attractif. Ceci a permis au pilote de persévérer jusqu’à la vue du lac qui lui avait été indiqué, télépathiquement, par un “intermédiaire formel”… Le lac aperçu, la voie était ouverte ![1] » »
Est-ce ce “Laguna di Diamante” que j’aperçois plus au sud, parmi d’autres lacs d’un bleu profond ? A l’approche de La Paz, le lac Titicaca est visible à l’horizon nord. Instant d’intense émotion ! Autour de la métropole, des vallées encaissées aux pentes nuageuses, des rivières boueuses en boucles et lacets. Au loin, derrière les montagnes arides, des sommets enneigés. Par endroits, d’autres lacs d’un bleu aussi profond.
Qu’ajoute l’Instructeur du Verseur d’Eau ?
« Tout ce champ d’action de l’Energie-Amour, en passant par la Cordillère des Andes, survolant cette petite étendue d’eau du lac, se prolonge tout le long d’un Parcours Energétique qui peut animer votre Ressentir jusqu’au lac Titicaca qui est un lieu très important et très actif, ainsi que la ville de Tianhuanaco qui lui est proche et qui porte en elle par son double aspect visible et invisible (ville souterraine) l’Energie Animatrice des Liens Interplanétaires. Certains écrits très anciens mentionnent ce fait. L’on peut à travers ces mots découvrir la Vérité, qui elle reste toujours voilée, car Sa Révélation n’est authentiquement valable qu’à partir du Ressentir.[2] » »
De mon hublot, je me nourris de cette Energie-Amour ! Ah ! La Cordillère des Andes ! Il s’agit de s’imprégner de leurs ondes de forme ; elles ont gardé la mémoire de tout ce qui a été produit depuis leur naissance, la mémoire de tant d'empires et de civilisations qui se sont succédés sur ses pentes vertigineuses, mais aussi la mémoire du culte du véritable Soleil qui n'est pas celui de l'époque de la décadence inca, mais celle de l'Age de l’Or véritable. Cet Or n’a rien à voir avec celui que les conquistadors sont venus piller ! Cette Cordillère, épine dorsale du sous-continent, n’a que faire des frontières ridicules qui prétendent la dépecer en états. Sur 8000 km, elle étale tant et tant de sommets infranchissables ! A l’horizon, derrière les collines bossues, ils apparaissent, couverts de neige. Est-ce l’Anacongua, l’Ojos del Salado que domine l’Illimani du haut de ses 6882 mètres ? Au-dessus des cratères tournent des nuages comme des auréoles.
 
 
Arrivée sur l'Altiplano. La Paz
 
C’est la descente. Les villages et les villes présentent vers le ciel des milliers de miroirs éblouissants dont les éclairs frappent les yeux. Les tôles des toits des bâtisses les plus sommaires rendent ainsi un culte au soleil ! Ces scintillements extraordinaires, dont je ne devine pas immédiatement la cause, provoquent une atmosphère étrange. A l’arrivée sur La Paz, ces miroirs sont des millions ! Sur l’altiplano, une ville fantôme étale le quadrillage impressionnant d’un bidonville immense, sans un arbre, sous une lumière qui provoque des couleurs irréelles, d’un éclat inhabituel, inquiétant. C’est le « La Paz des pauvres », près de laquelle se trouve l’aéroport, le Haut-Placé, El Alto, à 4100 mètres. Le « La Paz des riches », en contre-bas, dans un immense entonnoir de rochers rongés par l’érosion, fut fondé par les Espagnols sur les ruines du village de Chuquiapũ rasé pour la circonstance !
 
 
Au fond de l'entonnoir, le La Paz des riches...
 
LA PAZ, ET L'ACCUEIL DES CHAMANS
A terre, la sécheresse se fait sentir. Mais par temps de pluie, la boue doit dévaler la pente abrupte en emportant maintes constructions mal enracinées dans une terre ocre. Là, quelques eucalyptus, importés tardivement d’Australie par la colonisation, dressent leurs immenses troncs squelettiques vers le dieu soleil aux rayons brûlants ; leurs branches se desquament, les feuilles lancéolées pendent sans énergie et leur chute stérilise le sol. La ville des riches est à peine moins pauvre que celle du plateau stérile où se trouve l’aéroport. Un tour en bus pour découvrir quelques places où s’ébattent des nuées de pigeons, places ombragées d’arbres andins que bordent de modestes palais et de grandioses églises dédiées par les conquistadors à leurs dieux et déesses que les Aymara et les Quechua des hautes terres surent adopter sans renier leurs coutumes ancestrales. Nous revenons à pied jusqu’à l’hôtel, traversant le marché et les quartiers populeux, des souks immenses, semblables à ceux que l’on trouve partout dans le monde, mais avec une population andine débonnaire, souriante, affairée cependant pour assurer la survie quotidienne.
 
 
 
Les pigeons sur la place de la cathédrale.
 
 
 
Il est difficile de respirer. Nous sommes à plus de 4000 mètres et nos poumons demandent plus d’oxygène. Fatigue aussi de près de 24 heures de voyage depuis Paris.
Le soleil disparaît très vite au crépuscule sous les tropiques.
Le lendemain, à l’heure où la ville s’éveille, je parcours avec un ami les rues et les ruelles du quartier. Que de gens besogneux portant des charges énormes, le teint cuivré, le visage fermé et, pour nous qui ne savons pas le déchiffrer, impénétrable ! Ils semblent réservés, méfiants et taciturnes. J’apprendrai au fil des jours à voir aussi leur joie de vivre, à lire l’humour dans leurs yeux bridés ! Les femmes Quechua portent encore l’empilement des jupes traditionnelles qui leur donne une apparence de cloche et leurs étranges chapeaux melons, noirs ou bruns, qui semblent tenir en équilibre comme par miracle. Elles installent leurs étals pour vendre souvent de bien maigres choses, indifférentes en apparence aux étrangers que nous sommes, à moins qu’elles ne leur proposent timidement souvenirs ou marchandises. Ekkeko, l’antique dieu de la chance, ne sourit pas à tous !
A l’aéroport, l’accueil de Mariano, Nelson et Alberto, gardiens Aymara des lieux sacrés, a été très sympathique ; ils nous ont distribué des feuilles de coca pour lutter contre le soroche, ce mal insidieux des hauteurs qui donne maux de tête, malaises et insomnies. Durant deux semaines, nous mâcherons plusieurs fois par jour les petites feuilles dentelées de l’Erythroxylon Coca comme disent les savants ! Leurs feuilles ont redonné la force à Marie exténuée lors de sa fuite en Egypte, selon la légende inventée par les missionnaires espagnols pour séduire les indiens ! Mais, sur leurs consommateurs, a pesé inutilement la menace de l’excommunication ! A voir nos amis boliviens, on ne peut dire que la consommation de la coca rende, comme je l’ai lu dans un guide, apathique, ni qu’elle entraîne dans une profonde indifférence et qu’elle vide la tête de toute pensée ! Il me faut cependant respirer très vite autrement, utiliser les pranayamas pour compenser le manque d’oxygène, dès que la pente est un peu raide.
Nos guides, ces hommes, petits, trapus, observateurs en diable, d’une gentillesse et d’une prévenance extrême, d’une robustesse à toute épreuve, vont nous accompagner toute cette semaine sur les sites boliviens où a pris racine ce que l’on a appelé l’empire inca. Avec eux, Eric, le traducteur ; il nous a précédés de quelques jours pour finaliser le parcours.
 
TIWANAKU, VINGT-CINQ MILLE ANS DE MYSTERE
Nous partons tôt le lendemain en bus pour le temple du soleil de Tiwanaku, à travers les collines arides. Nous sommes dans un univers minéral. Les hommes d’ici, les gardiens des ruines sacrées, ont du minéral en eux. Tous les chamans le savent, les pierres vivent, « les pierres entendent, elles flairent, elles voient, elles palpent, non pas à ta manière, à leur manière. Elles connaissent leur poids de poussière et ne s’en émeuvent pas. C’est là leur sagesse. Elles savent aimer, haïr, espérer. Elles ont une âme, un cœur différent du tien mais ce sont tout de même une âme et un cœur.[3] »
Ceux à qui elles ne parlent pas ont un cœur de pierre ! Quelle erreur de croire que le minéral ne vit pas ! Ne faut-il pas se connaître minéral, végétal, animal pour être un humain véritable, en reliance avec tous les autres règnes de la création ? Qui n’a jamais ramassé un caillou, attiré par une vivante beauté, une force mystérieuse, un appel profond ? « Si vous aimez les choses, elles viennent, elles vous parlent, elles se mettent d’elles-mêmes à votre service. L’amour que vous donnez à un caillou provoque l’amour, l’éveil de l’amour endormi dans ce caillou, parce que dans toutes choses il y a de l’amour endormi, du désir d’échange, des désirs de gratitude qui n’attendent que d’être éveillés.[4] » 
Le long de la route, quelques maisons de terre entourées de maigres cultures. Non loin d’elles, un coyote détale, quelques chiens à ses trousses.
 A Tiwanaku, nous visitons d’abord le musée devant lequel la grande stèle dressée, ramenée de Cuzco, fait la fierté de ceux qui ont obtenu sa restitution et son retour sur le lieu où elle a été pillée. Comme partout, le musée est un lieu mort où les objets ne sont plus à leur juste place, déportés qu’ils sont dans ces lieux anonymes. Certes, ils sont beaux, émouvants, mais les sculptures ne peuvent donner la plénitude de leur radiance, bien que les Gardiens des Lieux ici aient fait au mieux, et qu’ils continuent leurs rituels et salutations traditionnels pour honorer ces objets sacrés. Ainsi Mariano, discrètement, jette sur chaque stèle un peu d’eau ou d’alcool, je ne sais, comme pour la bénir.
 
 
 
Vue de l'ensemble du site de Tiwanaku.
 
 
 
Le site du temple du soleil, immense espace entouré de barbelés comme un camp de concentration, pour éviter les pillages certes, est impressionnant. La ville s’étendait sur 450 000 km2 qui furent pillés méthodiquement jusqu’en 1940. Une immense migration partie de Mongolie il y a 25000 ans franchit le détroit de Behring pour aboutir sur ce plateau perdu des Andes. Quel instinct les a amenés là ? Quelle fut effectivement leur manière d’être, de vivre ? Que peut-on savoir de cette époque reculée ? Le Temple du Soleil, lui, date seulement du 1er siècle avant J.-C. ; il fut agrandi sept siècles plus tard et devint un lieu de pèlerinage. La ville fut ensuite abandonnée sans que l’on sache pourquoi jusqu’à l’arrivée des Incas.
 
 
 
 
 
Est-ce Wiracocha, l'Ancien des Anciens,
 gardien et dépositaire du feu ?
 
 
Nous sommes là, à l’aube de leur civilisation, aux temps premiers des pierres dressées. Quelles mémoires ont-elles gardées ? Des murs cyclopéens cernent des cours rectangulaires dont les enceintes sont faites d’énormes pierres jointes sans mortier ni ciment, polies par le patient frottement du sable le plus dur mélangé au bronze et à l’or.
 
 
 
 
 
Le chaman aymara Mariano, 
au pied du mur cyclopéen. 
 
 
Quelle ne fut pas la ténacité de ceux qui les extrayèrent, les taillèrent, les charrièrent sur des plans inclinés en les poussant sur des rondins de bois dur, pour les dresser là ! Tâche titanesque, que les Espagnols jugèrent impossible aux humains et qu’ils attribuèrent… au diable pour justifier inquisition et génocide ! Encastrés dans l’un des murs, d’immenses menhirs, des stèles carrées, ont été dressés vers le ciel, monolithes impressionnants, avant que le mur, plus bas, ne vienne fermer l’espace. Ailleurs, des têtes sculptées dépassent des murs, coiffées d’une toque ; les yeux sont globuleux, les nez épatés, les bouches stylisées par des lèvres dessinant de longs ovales. Je pense aux sculptures extérieures de nos églises romanes.
 
 
 
 
 
"Je pense aux têtes sculptées de nos églises romanes..."
 
 
 
Ailleurs encore, d’autres pierres couchées, ancêtres de nos autels. Tout est orienté en fonction du soleil. La stèle du dieu primordial dressée devant la porte du Soleil est située dans l’axe du lever du soleil au solstice d’été, le 21 décembre, et les rayons de celui-ci éclairent à ce moment-là l’autel.
 
 
 
 
 
 
 
Dans ces ruines, la pyramide d’Akapana est l’œil de la tête de jaguar. Lorsque cet animal a quatre yeux, il signifie la clairvoyance. Son énergie symbolise aussi celle de l’ancêtre mythique Viracocha ou Wiracochan, l’Ancien des Anciens, le Dieu créateur, gardien et dépositaire du feu qu’il inventa tout comme le filage du coton et les premières industries[5].
 
 
 
 
 
 
Tant de siècle après, les lieux parlent encore...
Mais que furent-ils?
A quand peut remonter le culte du Soleil ? Nul ne sait, mais une peinture rupestre du jaguar a été découverte en bordure de la forêt orientale de Cuzco, à Lones, et remonterait à 2000 ans avant J.-C. ! Le jaguar – certains disent le puma bien qu’il ne soit pas tacheté mais qu’il ait la peau lisse -, est une divinité chtonienne, expression supérieure des énergies souterraines. La gueule du jaguar dévore le soleil à son couchant. Durant la nuit, il devient donc une divinité solaire et représente alors le soleil noir. Il est appelé Cœur de la montagne et règne en maître sur les animaux sauvages et les tambours. Qui a compris pourquoi Mariano et Nelson ont offert à chacun de nous, en pendentif, un soleil de lave noir ?
Y a-t-il eu sur ce haut plateau andin, dans les temps reculés, un Age d’Or où avait lieu le véritable culte du Soleil, le Soleil de tous les Soleils, le Soleil du Cœur, celui qui ne fait pas d’ombre, le Soleil de la Vérité qui est « absence de dualité »[6]. C’est le Soleil radiant de l’Amour, Source de toute Vie, de toute Energie, de toute Intelligence, le Soleil de l’Esprit, Celui que chante Al-Hallâj, le martyr mystique de Bagdad :
« Un jour se leva le Soleil de Celui que j’aime
et Il ne connut pas de couchant car,
si le soleil du jour se lève de la nuit,
le Soleil du Cœur ne s’absente jamais. »
De ce Soleil, l’astre du jour n’est qu’un reflet, une image.
Il y eut au début des temps, une langue « adamique », la loghah sûryâniyah, qui « est proprement, suivant l’interprétation qui est donnée de son nom, la langue de l’“illumination solaire”, shems-isrâquyah ; en fait Sûryâ est le nom sanscrit du Soleil…[7] » 
Les lointains ancêtres des Aymara et des Quechua venaient d’Asie ! » 
 
 
 
Les stèles dressées, et la Porte du Soleil...
 
 
 
Le soir, nous avons dormi sur place, dans un hôtel plus que simple, pour participer à un rituel organisé par nos amis les chamans boliviens, en cette nuit de pleine lune. D’abord, ce furent des danses de terre, avec toute une troupe d’hommes en costumes traditionnels, au son des tambours, des flûtes droites, les quena aux sons aigres, et des conques marines. Les Aymara jouent encore de cet instrument que le jaguar nocturne porte sur son dos et qui symbolise la lune. Parfois, les tambours se font plus discrets, laissant percer les sicuri, les flûtes de pan, allègres et envoûtantes. L’énergie de la danse contente la Pachamama. Quelle joie de danser en cercle en s’enracinant dans la Terre-Mère ! Puis il y eut le feu projetant ses gerbes d’étincelles de la Terre vers le Ciel. Tout cela attira les curieux ; femmes et enfants se mêlèrent aux danses avec une joie et une simplicité évidentes.
Dans la salle du restaurant, nous nous retrouvons tous autour de la grande table pour manger ensemble, en esprit de communion, les feuilles de coca. Ce rituel s’appelle l’akulli ; il porte un nom différent de celui qui signifie « manger les feuilles de coca seul ». Il y eut ensuite les offrandes à la Pachamama. Mariano officiait ; Nelson nous distribua les offrandes à déposer, d’abord pour le Soleil, puis pour la Lune. Devant ce prêtre antique, coiffé du chapeau de paille qu’il ne met que lorsqu’il est dans sa vocation spirituelle, s’étale un tissu traditionnel quechua aux couleurs vives ; dessus, une feuille de papier. Nous vînmes un à un déposer là, tour à tour, des feuilles de coca, du suif, des sortes de sucreries, des plaques illustrant des situations humaines, des petites grenouilles et d’autres choses. Pour terminer, Mariano mit sur les offrandes des paillettes d’or. Cette lente procession dura longtemps. Le tissu fut noué, puis le cérémonial recommença pour les offrandes à la Lune qui furent cette fois recouvertes de paillettes d’argent. Tout le monde sortit dans la cour, les chamans disposèrent des petites bûches de bois empilées et sortirent les offrandes des tissus pour les y déposer. Ils versèrent de l’essence et mirent le feu. Le lendemain, les restes calcinés furent religieusement enterrés sous le pavage de la cour. Ce fut simple, émouvant, d’une beauté prenante, quelque chose d’intemporel.
 
Au matin, promenade dans les cultures en bordure des maisons parsemant cette immensité plate, couverte de graminées couleur paille. Des traces de gelée blanche ; la nuit fut froide. De petits oiseaux à huppe volètent partout ; ils ne connaissent pas les barbelés et les frontières !
 
 
 
VERS LE LAC TITICACA,
CETTE MER D'EAU DOUCE
 
 
 
 
Le lac Titicaca vu du ciel.
 
 
Nous partons en bus pour Copacabana, la cité sacrée, sur les bords du lac Titicaca, longeant d’abord le lac Ulnamarca qui communique avec le lac Titicaca par un étroit goulet ; le bus le franchit en barge tandis que nous montons dans un bateau.
 
 
 
 
 
Le car traverse en barge le bras du lac.
 
 
 
 
 
Femmes aymaras sur le port.
 
 
 
Les pentes de la Cordillera Real sont impressionnantes. La route en lacets grimpe le long d’à-pics impressionnants, de pentes désertiques. C’est la sécheresse ; les maigres touffes d’herbe jaune de la puna sont disséminées sur de vastes étendues où sont éparpillés moutons, lamas et vaches ; parfois des enclos de pierres près des villages. Les paysans utilisent encore un simple araire de bois tiré par deux taureaux ; la terre se soulève avec la chaquitaclla, une lame étroite et plate qui permet de soulever la terre pour déposer un tubercule sans rien retourner, sans doute pour éviter l’érosion lors des pluies torrentielles. Au bord du lac se dressent les chullpas, tours funéraires circulaires abritant les momies des dignitaires, évidemment plus hautes que celles des paysans !
Le lac Titicaca était, dans une lointaine époque, celle de l’Age d’Or probablement, en lien avec la planète Vénus – celle dont la planète Vénus de notre ciel est une projection, un hologramme. Karuna cite une lettre reçue par elle : « Il y a quelques jours, je suis tombée par hasard sur un article sur Vénus dans une revue scientifique. J’ai pu lire que la planète dessinait un pentacle. Le pentacle correspond aux cinq positions de Vénus dans le ciel (…)
De plus, j’avais trouvé l’an dernier une pierre noire. Je l’ai montrée à la fac. On m’a dit qu’on ne trouvait ces pierres noires qu’au bord du lac Titicaca, en Amérique du Sud.
Or c’est aux alentours du bord du lac Titicaca que se rencontrent de nombreuses légendes sur Vénus et une peinture ancienne représentant Vénus et la Terre reliées par des lignes.
Ces fameuses pierres noires seraient peut-être des morceaux de la planète Vénus.[7] » »

Publié dans soleil des Amériques

Commenter cet article

Kathy Dauthuille 31/12/2010 10:41



Quel voyage ! Oui, ces lieux sont imprégnés d'une autre dimension et cela me fait penser au livre de Don Marcelino " La mémoire cosmique amérindienne" où il dit que nos ancêtres viennent des
étoiles ; lui-même est né à Nazca.