VERS L'ILE DES OUROS

Publié le par Robert-Regor Charles Mougeot

L'ILE DU SOLEIL,

LE CENTRE ENERGETIQUE

DE LA CORDILLERE


Au pied du JAGUAR SACRE.

Nous arrivons au Rocher du Jaguar nommé Titi-Kak ; il donna son nom au lac le plus haut du monde, cette mer des Andes de 8 300 km2 d’eau douce. Il est véritablement impressionnant ; la tête du jaguar est nettement visible dans le rocher. Mariano, Nelson et leur acolyte le bénissent, l’aspergent d’alcool, assumant ainsi leur fonction traditionnelle. Lorsque je m’approche du rocher, je ressens une énergie intense comme jamais je n’en ai ressentie dans d’autres Hauts-Lieux pourtant très chargés.

Mariano officie; au fond, le Tiki Tak.




Eric devant l'autel.

 

 

    Si le lac Titicaca est le centre énergétique de cette Cordillère des Andes, ce rocher en est le point fort ; là nous sommes sur un axe cosmo-tellurique extraordinaire, un axe du monde plus impressionnant encore que ceux du Mont-Saint-Michel en France ou de Védra à Ibiza. Là, Viracocha a créé l’univers, la terre, la lumière, les animaux et l’homme ! Et Manco Capac, le premier homme, est sorti, le bras droit levé, de ce lac !
De jeunes touristes, boliviens ou péruviens, escaladent le rocher sacré. Cela ne dérange en rien nos chamans. Sur le grand autel dressé en plein air devant le Titi-Kak , nous nous réunissons en cercle pour un rituel à la Pachamama ; après l’Akulli, nous nous donnons l’accolade. C’est un long moment d’intense émotion.
Partout où nous irons par la suite, nous retrouverons ces jeunes touristes, des lycéens boliviens ou péruviens à la recherche, certes un peu exubérante, de
leurs origines. Au Pérou plus particulièrement, les adolescents se paient, grâce
à la vente d'artisanat ou par le gain de petits services, ces voyages, patronnés par
l'enseignement pour partir à la quête de leur culture ancestrale, celle des Incas, et retrouver la fierté d’un passé millénaire. C’est un effort touchant, surtout en Bolivie, dans
un pays si pauvre et si démuni, et prometteur d’avenir.
Un peu plus loin sur le flanc de la colline, au-delà du rocher, il y a les ruines de Chincana, le temple solaire avec la grotte adjacente, un palais et un cloître ; tout cela forme un véritable dédale de salles et d’escaliers car les niveaux sont différents ; leurs fenêtres dominent l’île d’une manière impressionnante. Dans toutes les Andes, la Fête du Soleil, l’Inti Raymi correspondau solstice d’hiver.
En redescendant, au-dessus de ma tête, un aigle noir plane longuement ; c’est l’oiseau céleste dont l’énergie vient compléter celle du jaguar.

 Le vol de l'aigle noir.

Celui-ci est aussi céleste puisqu’un mythe raconte que le dernier des jaguars, après leur extermination par l’homme, a trouvé refuge dans la lune qui le cache et le protège. C’est depuis ce temps-là que ces félins sont devenus nocturnes… Je reviens du nord du Québec et je sais que se noue actuellement l’alliance de l’Aigle et du Condor, des Indiens du Nord et du Sud ; ils conjuguent leurs forces au service de la Terre Mère.


Le Temple de la Lune


Le lendemain, le même bateau nous mène sur l’île de la Lune, située en face de celle du Soleil. Nous accostons près du village et nous sommes assaillis gentiment par une horde de femmes et d’enfants vendant des souvenirs. Le gardien du lieu nous guide pour escalader le flanc de la colline jusqu’à la grande cour rectangulaire du Temple de la Lune dont la façade, sans doute restaurée, est encore grandiose. En face d’elle et sur les côtés de cette cour, des murs et des habitations en ruines.


Façade au trois portes du Temple de la Lune.

Des fouilles pourraient dégager davantage ce lieu qui fut plus étendu qu’il ne paraît. Alors que le guide, relayé par Eric le traducteur, explique que, jadis, l’île était interdite aux hommes et que les prêtresses qui habitaient ce Temple étaient des vierges consacrées au culte, je suis pris par une impression extraordinaire, celle d’avoir vécu là il y a très longtemps, des millénaires sans doute, une existence de prêtresse occupée à filer le fil de vigogne pour tisser les vêtements sacerdotaux des grands prêtres ! C’est un « ressentir » qui n’a de valeur que pour moi. Quelque chose est inscrit dans ma mémoire cellulaire qui a trait à ce lieu. D’où cela provient-il ? D’une continuité de conscience, c’est certain. Devant les ruines situées en face du temple lunaire, je vois une longue pierre cylindrique sculptée qui était jadis l’objet d’un culte phallique. Une autre participante a vécu là, elle aussi, à cette époque ; elle fut ma compagne en des temps moins anciens sur des terres celtes ou viking ! Tant de mystères s’inscrivent dans l’Illusion où nous sommes immergés, dans le rêve que nous traversons, dans cette Manifestation si extraordinaire et si mystérieuse…


 L'ensemble des ruines

sur les pentes abruptes de l'île.


Dans sa vocation première, cette île n’était nullement interdite aux hommes. Ceux-ci construisirent et entretinrent ce temple ; ils s’occupaient des cultures vivrières, assuraient les allées et venues en bateau, allaient à la pêche et mille autres choses. La virginité physique n’avait aucun sens[9] au temps de cet âge d’or, ou à tout le moins d’argent. Si elle fut imposée par la suite, ce ne fut qu’à une époque où la connaissance traditionnelle était perdue, celle de la décadence inca correspondant à la plus grande puissance apparente de son empire. Tant de légendes ne reposent sur rien, interprétations des conquérants qui projetaient leurs maladies mentales sur des traductions approximatives, sur des faits et des notions qu’ils ne pouvaient ni ne voulaient d’ailleurs comprendre ! Ou bien perte de la connaissance par ceux qui répètent de génération en génération ce qu’ils ne comprennent plus et réduisent tout à leurs limitations. au temps de cet âge d’or, ou à tout le moins d’argent. Si elle fut imposée par la suite, ce ne fut qu’à une époque où la connaissance traditionnelle était perdue, celle de la décadence inca correspondant à la plus grande puissance apparente de son empire. Tant de légendes ne reposent sur rien, interprétations des conquérants qui projetaient leurs maladies mentales sur des traductions approximatives, sur des faits et des notions qu’ils ne pouvaient ni ne voulaient d’ailleurs comprendre ! Ou bien perte de la connaissance par ceux qui répètent de génération en génération ce qu’ils ne comprennent plus et réduisent tout à leurs limitations.
De retour à l’embarcadère, nous longeons la côte à travers galets et éboulis, sous la conduite de Mariano. Il s’arrête, inspiré par la Pachamama, près d’un grand rocher qui a arrêté sa chute juste au bord de la mer. Nous ferons là un rituel, mariant les eaux des îles Hawaï à celles du lac Titicaca, ainsi que celles de l’Océan Indien, unissant l’énergie du dauphin à celle du jaguar. Après avoir mangé rituellement les feuilles de coca ensemble une nouvelle fois, nous formons deux cercles, les pieds dans l’eau. Le cercle des femmes est entouré par celui des hommes. Instant d’union totale entre nous, mais aussi avec les éléments, avec la Terre-Mère et le Ciel-Père, avec le cosmos, avec le Tout de la vie manifestée. Sur le rocher une ligne blanche très visible dessine comme une carte de géographie. Mariano y voit la carte de la Bolivie !



Mariano près du rocher.


La Terre Mère n’a que faire des frontières artificielles tracées par les fantasmes humains ! Chacun de nous, même inspiré, peut ainsi laisser ses notions dévier l’inspiration qui le traverse. Mon « ressentir » me fait dire que c’est là le plan du Temple de la Lune ! Cela n’est peut-être qu’une projection aussi ! Par contre, en haut du rocher, dans le creux, se voit très distinctement la gravure du jaguar ! Je l’ai montré à Mariano et aux autres…

La Terre Mère n’a que faire des frontières artificielles tracées par les fantasmes humains ! Chacun de nous, même inspiré, peut ainsi laisser ses notions dévier l’inspiration qui le traverse. Mon « ressentir » me fait dire que c’est là le plan du Temple de la Lune ! Cela n’est peut-être qu’une projection aussi ! Par contre, en haut du rocher, dans le creux, se voit très distinctement la gravure du jaguar ! Je l’ai montré à Mariano et aux autres…

 

 

 

    Le jaguar parfaitement tracé au sommet du rocher !

 

 

 Certains rejoignent l’embarcadère par le rivage ; d’autres, plus aguerris, escaladent le flanc abrupt de l’île par le sentier des bergers pour jouir d’un paysage pour moi particulièrement émouvant, surtout lorsque, suivant la ligne de crête, nous redescendons le long du Temple des prêtresses de la Lune.

[1] - L’être vierge est « vierge de toute notion, y compris de la notion de virginité » ( Emmanuel-Yves Monin).


DE COCACABANA

 AUX ÎLES DES OUROS

 

 

 

 

 

CULTE SOLAIRE ET LUNAIRE A COCACABANA
 
Lorsqu’on visite l’église de Copacabana, on est frappé par la beauté du chœur. Il ruisselle d’or, symbole du Christ solaire. En son centre, la statue de la Vierge Marie, les pieds sur le croissant de lune, est sur un fond argenté. Ainsi les nouvelles divinités imposées par les conquérants catholiques, sont-elles et solaires pour la voie directe, et lunaires, par la réflexion du soleil, pour ceux qui ne peuvent, comme saint Jean dont l’animal totémique est l’aigle, regarder le soleil en face, contempler le Soleil de la Vérité ! L’église est assimilée par les Indiens des îles du lac au dieu tutélaire, au Malku, et la vierge à la Pachamama. Il ne peut en être autrement, comme le fait que les nouvelles religions ne peuvent s’installer valablement que sur les points énergétiques où avaient lieu les cultes de leurs prédécesseurs, l’important, l’essentiel étant non les croyances toujours changeantes et instables, mais l’Energie-Amour qui crée à chaque instant ce monde des formes éphémères et dont l’intensité est particulière en ces points d’acupuncture de la Terre. De là, les ondes de forme modèlent les paysages et donnent leurs particularités aux végétaux, aux animaux et aux humains…
 
Le troisième jour, nous montons en silence pour escalader le pic rocheux qui domine Copacabana ; nous sommes les uns derrière les autres, nous imprégnant de l’énergie du Serpent en suivant le parcours sinueux d’un sentier malaisé ; le manque d’oxygène oblige à prendre son temps et à être conscient de chaque pas. Nous nous arrêtons au milieu d’éboulis rocheux impressionnants. Là se trouve le lieu de culte traditionnel, ancestral, où Mariano et ses adjoints vont une nouvelle fois officier. Le gardien des lieux s’est joint à nos chamans. Deux fines et longues roches se dressent vers le ciel, dominant le lac Titicaca, d’un bleu turquoise. Les arêtes rocheuses ont été retaillées par des mains humaines, une troisième roche plate les soude l’une à l’autre en un axe horizontal dont la hauteur repère la position du soleil levant au solstice d’été.
 
Les arêtes rocheuses sacrées dominent le lac
dans la direction de l'Île du Soleil.
 
Une nouvelle fois, nous faisons des offrandes à la Pachamama ; elles seront ensuite brûlées, comme à Tiwanaka, sur un bûcher et les cendres enterrées à la base d’un rocher. De telles cérémonies en plein air, sur les sites même où viennent les touristes, ne choquent nullement ici. Nous jouissons d’une liberté tranquille que nous ne pourrions avoir en France où la pensée unique tend à réprimer tout ce qui la dérange, et où le sectarisme des tenants du pouvoir se manifeste par une inquisition rampante et une intolérance dommageable.
 
 
Les offrandes préparées rituellement vont être offertes au Feu.
 
Nous sommes quelques-uns à escalader l’amas rocheux jusqu’à son sommet. Petit exploit tant le souffle nous manque ! Nous découvrons alors tout un bestiaire figé dans la roche : singe, crocodile, éléphant, condor, têtes énormes indéfinissables ! L’énergie dans ce point est d’autant plus grande que, comme ailleurs, les lieux sont respectés, reconnus et qu’un échange d’énergie se fait entre l’homme, la roche, le soleil, le lac et le ciel, les étoiles aussi. L’unité de tout est palpable…
  
Il faudrait dire aussi rencontres fraternelles, les joies du compagnonnage, les amitiés tissées au cours de cette première semaine entre les participants, les longues litanies de Mariano avant chaque repas, pour demander la protection de la Pachamama, les cadeaux offerts à nos guides chamanes, dont la chouette sculptée par un breton, les occasions de conter aussi, tant et tant d’autres échanges et rencontres… L’anniversaire de l’une ou l’autre des participants…
Copacabana est la fin de la partie bolivienne de ce voyage qui va prendre une autre coloration tout aussi passionnante au Pérou.
 
Enfant des rues à Puno..
 
 
Les Ouros parlent maintenant le queschua.
 
A LA DECOUVERTE DES OUROS
 

Nous partons le lendemain pour Puno, port péruvien, où nous arrivons à temps pour sauter dans un bateau et rejoindre les îles habitées par les Ouros, « mi-hommes mi-dieux », comme ils se disent. Dans leur propre langue ils s’appellent Kot-Suňs ; ils refusèrent jadis l’autorité des Incas et se réfugièrent sur le lac où ils habitent encore les îles artificielles formées uniquement de roseaux entassés ! Lorsque les joncs les plus anciens commencent à pourrir, ils ajoutent tout simplement une nouvelle couche à la surface ! Les habitations, les observatoires, les barques sont tressées avec les totoras, nom qu’ils donnent à ces roseaux. Ils vivent en symbiose avec ce milieu aquatique étrange et magique, résistent au froid, à la brume glaciale de la nuit, à l’humidité qui imprègne tout.
 
 
 
L'Entretient de l'île par empilement des joncs.
 
De quoi vivent-ils ? De la pêche essentiellement qu’ils pratiquent sur des embarcations de joncs ; ils pêchent aussi au cormoran, élèvent des canards. Les femmes, très habiles, fabriquent des tissus et des tapisseries, des broderies remarquables ; beaucoup parlent français. Est-ce parce que, jadis, un français est venu vivre en ce lieu et a révélé au reste du monde leur étrange manière de vivre, unique sur cette terre ? Nous allons d’une île à l’autre, au couché du soleil, dans un trimaran de joncs dont l’avant est tressé en tête de jaguar, utilisant le vent gonflant la voile carrée que les rameurs ont déployée.
Barque en joncs, avec sa tête de jaguar.
Sensation d’être emporté dans un monde étrange, impressionnant, par des hommes et des femmes d’une gentillesse extrême, souriants, simples, accueillants. Partout dans le monde, l’Energie de la Terre Mère est imagée par la force d’un animal mythique ! Dans les Andes, c’est le Jaguar, en Europe le Dragon-Vouivre souterrain, en Inde le Tigre, en Chine et au Japon le Buffle...
Le Jaguar encore et partout...
 
Habitation flottante.
 
DE PUNO A CUZCO, PUCARA
 
Nous prenons la route pour Cuzco en longeant le lac. Le premier arrêt sera pour le musée de Pucara ; là sont dressées des monolithes sur lesquelles sont sculptés félins et serpents amphisbènes, symboles de l’Energie dans des aspects complémentaires. Les gardiens des lieux, très accueillants, sont fiers de leur passé. Nous nous arrêtons un peu plus loin sur un terre-plein désertique où d’énormes pierres gisent en cercle, restes de remparts entourant l’enceinte carrée de ce qui fut un temple. Les Ouro, comme les Aymara, vivent depuis des temps immémoriaux en ces régions, dans le culte des monolithes sacrés ; ils « révèrent de nombreuses pierres remarquables par leur forme et leur taille, disséminées un peu partout autour du lac[1] ».
Comme pour les Celtes, ces pierres sont des axes du monde nous reliant au Ciel.Sur le plateau bordant le lac, ce sont partout des troupeaux de moutons et de lamas, puis des cultures dans une vallée large bordée de croupes rocheuses avec, au loin, les hauts sommets enneigés.
Stèles dressées, actuellement au Musée de Pucara.
 

[1]  - Jehan Vellard – Dieux et parias des Andes. Les Ouros. Ceux qui ne veulent pas être des hommes. – Ed. Emile Paul, 1954, p. 182.

 

 

 

 

Lac Titicaca, vue par satellite.

 

 

 

Publié dans soleil des Amériques

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