Mercredi 24 septembre 2008

Les Aymaras, ou le passé devant soi !




      La langue aymara est parlée par environs 2 millions de personnes vivant dans la cordillère des Andes, au Chili, en Bolivie et au Pérou. Elle possède une particularité linguistique unique au monde : leur vision du temps est inversée par rapport à la nôtre !

 

 

     Le temps est-il de nature spatiale ?

     Dans les autres langues l’individu, l’ego, voit le temps futur devant lui ; c’est une conception métaphorique puisque nous disons : “l’heure de la rentrée approche” en voyant le futur venir à nous, ou bien “nous approchons de la rentrée” en allant vers l’avenir situé devant nous.

     « En aymara, en effet, le mot “devant” (nayra) est aussi l’expression utilisée pour désigner le passé alors que le mot “derrière” (qhipa) sert pour le futur. Par exemple, nayra mana, - devant année – signifie “l’année passée” et qhipa pacha “derrière temps”, le temps futur. » (« Le passé devant soi », R. N., La Recherche n° 422, septembre 2008, p. 47)

     Les Aymaras pensent-ils de cette manière ? « pour des raisons grammaticales complexes, il est impossible de dire, par des méthodes linguistiques, si les expressions données plus haut sont définies par rapport à l’ego ou non. » (idem, p. 48)

     Par contre la gestuelle montre que oui : « d’après leurs gestes, la position du locuteur coïncide avec le présent, comme chez un anglophone ou un francophone. En revanche, à l’inverse de ces derniers, l’espace situé derrière le locuteur correspond au futur et celui placé devant au passé. » (idem, p. 49)

     Leur vision du temps est l’inverse de la nôtre !

     Pour eux, ce qui est vu, et donc connu, est devant eux et c’est le passé. L’exemple donné par l’auteur est : « ma mère a préparé la soupe, je l’ai vue ; le passé est vu devant moi. »

     Il faut faire face aux ancêtres, et seul le passé est source de connaissance et d’inspiration. Le futur n’est jamais évoqué pour prendre une décision. La notion de progrès n’a pas de sens. D’où la patience, voire la passivité, de ce peuple :

     « Les Aymaras peuvent attendre des heures le camion qui les emmènera au marché, et ce sans rien faire d’autre. » (Idem, p. 49)

 

 

     N’est-ce pas une manière sage que de vivre le présent du présent, sans soucis inutiles ?

 Voir le film : http://beta.nfb.ca/film/Aymaras_de_toujours/

 

Par Robert-Regor Charles Mougeot - Publié dans : Aymaras
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Commentaires

D'un ami correspondant :

« Ah oui, ils sont sages ces gens-là !!! Quel bonheur que de ne pas se préoccuper du futur ! Il y a un livre très intéressant de Eckart Tollé à ce sujet : « Le pouvoir de l’instant présent ». Jacques L.

Commentaire n°1 posté par RegorMougeot le 25/09/2008 à 21h46
Atawallpa Oviedo (chamane équatorien) dit tout-à-fait la même chose : que le passé est devant soi car on peut le voir et que le futur est derrière soi car on ne peut pas le voir.
Le temps d'autre part, pour eux, est circulaire et non pas linéaire.
Commentaire n°2 posté par Kathy Dauthuille le 14/10/2009 à 08h31
Oui, cette conception du temps se retrouve dans toute l'Amérique centrale et l'Amériqe du Sud : elle est très intéresante et surtout, amène à vivre l'Instant puisqu'on accepte de ne pas savoir ce qui va venir. Ainsi on ne se projette pas dans un avenir hypothétique, une construction mentale inévitablement déviée par rapport à l'Inspiration, mais peut induire une certaine forme de passivité pous ceux qui ne sont pas assez réceptif.

Quant à la pensée en spirale, beaucoup plus juste que la pensée linéaire hypothético-déductive, elle est répendue dans toute l'Afrique, pour ce que je connais : on fait tourner la roue de la parole en élargissant le cercle, ce qui donne une répétition en spirale qui conforte la pensée, l'élargit et ce qui est dit impreigne la mémoire ; on fait tourner la roue du tam-tam lors des fêtes de village : un percussionniste commence au centre, puis le cercle s'élargit au plus proche et petit à petit tout le village entre dans le rythme.
Commentaire n°3 posté par Régor le 15/10/2009 à 07h42
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