Mercredi 24 septembre 2008

Les Aymaras, ou le passé devant soi !




      La langue aymara est parlée par environs 2 millions de personnes vivant dans la cordillère des Andes, au Chili, en Bolivie et au Pérou. Elle possède une particularité linguistique unique au monde : leur vision du temps est inversée par rapport à la nôtre !

 

 

     Le temps est-il de nature spatiale ?

     Dans les autres langues l’individu, l’ego, voit le temps futur devant lui ; c’est une conception métaphorique puisque nous disons : “l’heure de la rentrée approche” en voyant le futur venir à nous, ou bien “nous approchons de la rentrée” en allant vers l’avenir situé devant nous.

     « En aymara, en effet, le mot “devant” (nayra) est aussi l’expression utilisée pour désigner le passé alors que le mot “derrière” (qhipa) sert pour le futur. Par exemple, nayra mana, - devant année – signifie “l’année passée” et qhipa pacha “derrière temps”, le temps futur. » (« Le passé devant soi », R. N., La Recherche n° 422, septembre 2008, p. 47)

     Les Aymaras pensent-ils de cette manière ? « pour des raisons grammaticales complexes, il est impossible de dire, par des méthodes linguistiques, si les expressions données plus haut sont définies par rapport à l’ego ou non. » (idem, p. 48)

     Par contre la gestuelle montre que oui : « d’après leurs gestes, la position du locuteur coïncide avec le présent, comme chez un anglophone ou un francophone. En revanche, à l’inverse de ces derniers, l’espace situé derrière le locuteur correspond au futur et celui placé devant au passé. » (idem, p. 49)

     Leur vision du temps est l’inverse de la nôtre !

     Pour eux, ce qui est vu, et donc connu, est devant eux et c’est le passé. L’exemple donné par l’auteur est : « ma mère a préparé la soupe, je l’ai vue ; le passé est vu devant moi. »

     Il faut faire face aux ancêtres, et seul le passé est source de connaissance et d’inspiration. Le futur n’est jamais évoqué pour prendre une décision. La notion de progrès n’a pas de sens. D’où la patience, voire la passivité, de ce peuple :

     « Les Aymaras peuvent attendre des heures le camion qui les emmènera au marché, et ce sans rien faire d’autre. » (Idem, p. 49)

 

 

     N’est-ce pas une manière sage que de vivre le présent du présent, sans soucis inutiles ?

 Voir le film : http://beta.nfb.ca/film/Aymaras_de_toujours/

 

Par Robert-Regor Charles Mougeot - Publié dans : Aymaras
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Mercredi 29 août 2007
 
 
 
 
LE CONDOR DE LA CORDILLERE DES ANDES
 
 
 
Extrait l’Essai : L’Alphabet des Oiseaux
de Robert-Régor Mougeot sur http://langue.des.oiseaux.free.fr/
 
 
 
Le plus grand des vautours*, avatar du Soleil depuis des milliers d’années pour les Incas, de Tiwanaku au Machu Picchu et dans toute la Cordillère des Andes.
 
 
 
 
 
L’immuable roi des Andes devient plus rare, mais dans les canyons du rio Colca, à la Cruz del Condor, au Pérou, il surgit encore battant l’air d’un mouvement majestueux avant de se figer en planant. Charognard, son plumage noir est avivé d’une collerette blanche.
 
 
 
 
 
Le mot condor provient du quichua, langue des aborigènes du Pérou ; variante : cuntur : Ciel ou énergie (N) de la terre (T) ou de l’air (R).
Condor : le Ciel se referme (C) donnant le tout (O), en vagues d’amour (N) et d’Or.
 
 
 
 
 
Le vieux Condor, dans la vallée sacrée des Incas, à Pukara, accompagne l’âme des morts vers la voie lactée. Beaucoup de lieux sacrés andins sont en relation avec la constellation du Condor, et certains villages sont bâtis sur le dessin de cet oiseau extraordinaire.
Mais comme il a été dit par un chaman péruvien, « celui qui est véritablement noble n’a pas besoin du Condor pour rejoindre les Etoiles » !
 
Photos Tui de Roy et Mark Jones
(Terre Sauvage octobre 2002)
 
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Par Robert-Regor Charles Mougeot - Publié dans : Vivre et Vouivre
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Vendredi 28 juillet 2006

DU MACHU PICHU A CUZCO

PASSAGE A OLLANTAYTAMBO

Le village est construit sur la constellation du Maïs
dont l'épis est gravé sur la montagne.
Nous reprenons le train pour Ollantaytambo, le cœur dilaté par cet essentiel que l’on perçoit dans tout lieu sacré. Ici de nouvelles merveilles nous attendent. Sous un certain angle, la falaise devient un immense condor qui domine la tête énorme de l’ancêtre primordial Viracocha. Les prêtres jadis ont fait entailler la montagne pour accentuer ses traits déjà apparents dans la roche. En face, la montagne a été, elle aussi, sculptée pour qu’au solstice d’été les premiers rayons du soleil levant éclairent les yeux et le visage de cette tête cyclopéenne ! La pierre lancée par l’ancêtre est encore dans la fente qu’elle a provoquée dans la falaise, donnant créance à une ancienne légende. Les ruines Incas nous parlent davantage encore qu’à l’aller, comme si nous étions maintenant plus réceptifs à cette manière de percevoir la projection du ciel sur la terre.

Le visage de l'ancêtre primordial Viracocha.
Sur sa droite, l'épis de maïs.
 
Au village tout proche de Tambo, toute la colline a été aplatie pour lui donner la forme d’une pyramide à base carrée, de peu de hauteur mais dont les deux voies qui convergent vers son sommet suivent l’une la direction du soleil au solstice d’été et l’autre sa direction au solstice d’hiver ! C’est la pyramide de Pacaritampa. Plus loin, dans la montagne, une partie de la route de l’Inca est visible. Ces routes sillonnaient tout l’Empire, traversant en droite ligne un relief impressionnant. Ce fut aussi une œuvre titanesque ! En contrebas, la carrière d’où furent extraites les roches qui furent polies et taillées pour construire temples et forteresses. Sur les murs, des monolithes de granit rouge pesant jusqu’à 50 tonnes, rappelant ceux du temple de Tiwanaku, ont été hissés depuis le fond de la vallée encaissée par un plan incliné encore visible.
 
 

  
Cimetière fleuri pour la fête des morts.
MORAY
Reprenant la route de Cuzco, nous nous arrêtons à Moray, petit village perdu dans la sierra, où habitent des amis de notre traducteur.
Accueil chez un fermier de Moray.
Lui est argentin et elle native du lieu. Ils ont une petite fille et sont paysans. Une immense table est dressée sur la grande place située devant l’église baroque ; la nappe blanche flotte au vent ; sous une légère bruine, ils nous offrent un repas fait de produits du terroir : soupe de légumes, épis de maïs grillés. Simple et grandiose ! La grand-mère les aide ; ils sont d’une beauté souriante, archétypale. On se croirait dans un film de Bunuel ! Leur maison est dans la simplicité pauvre que donne le nécessaire tout juste acquis à force de courage. Derrière la maison, les bêtes paissent dans la pampa. Il y a là une source guérisseuse…
 
Une scène qu'aurait aimé Bunuel  !
 
 
Lui va nous accompagner jusqu’à un lieu extraordinaire, comme un immense entonnoir de champs en terrasses, en gradins, taillés jadis pour la culture du maïs. Le fond de cet entonnoir est circulaire et le soleil du solstice d’été en illumine exactement le centre ! Quelle joie de pouvoir faire cercle là pour un autre rituel de partage, de communion. Dans de telles circonstances, le lien cosmique est d’une évidence extraordinaire.
 
 
La culture traditionnelle du maïs sacré.
 
 
Puis ce sont les salines de Maras. Un rio dont les eaux sont tièdes et salées approvisionne les marais. Jadis le sel coûtait dix fois plus cher que l’or ! Maintenant, beaucoup de parcelles sont abandonnées ; le travail pénible ici ne peut plus tenir la concurrence du sel de mer, contraignant les autochtones à l’exil.
 
 
Salines de Maras.
 
 
CUZCO
 
Le soir nous sommes de retour à Cuzco. La ville est construite sur le dessin du puma et l’on peut encore le discerner sur le plan.
Vue générale de Cuzco.
En montant la rue Loreto, on se dirige vers l’ancien temple du soleil, le Corichanca qui appartenait à l’Amarucancha, et vers l’Accllahuasi, « la maison des femmes choisies », ces femmes, les plus belles, vouées à l’Inca. Corichancha, couvert d’or et clos par une enceinte qui l’isole du peuple est le centre de l’empire du Tahuantinsuyu, l’Empire des Quatre Quartiers dont le Centre, le Nombril du Monde.
En 1448, Pachaciti, devenu Inca, ayant assis sa domination sur les autres peuplades, fit construire le palais, les temples et les forteresses sans se rendre compte que l’empire inca était près de sa chute ! Lorsque la démesure enfle le cœur des rois, lorsqu’une forme d’esclavage est mise en place pour construire, par orgueil, pour la seule affirmation de la puissance terrestre, ce qui est considéré comme l’apogée d’une civilisation est en réalité une trahison des justes principes porteurs d’abondance et de paix, périodes rares qui ne laissent pas de traces dans une histoire événementielle se complaisant dans la recension des guerres et des massacres !
Tupac Yupanqui, fils de Pachaciti, fit construire la tête du puma, l’extraordinaire site de Sacsayhuanam que les Espagnols, quelques temps après, transformèrent en carrière pour bâtir à leur tour leurs églises et leurs palais sur les murs aux pierres d’andésite noire élevés par les vaincus. Après son assassinat, son fils, Huaynac Capac lui succéda. Puis Huascar, son fils, dut faire face à un soulèvement, une guerre civile ; elle se produisit à l’arrivée de ces étranges blancs montés sur des chevaux, caparaçonnés de fer, portant des fusils, une poignée d’Espagnols qui l’exécutèrent en 1533. Ah ! Ces Conquistadors ! Ils furent pris pour des dieux ! Vainqueurs, ils démolirent sciemment la plus belle ville de l’empire dont l’un d’eux a écrit : « Cuzco, la capitale des souverains de ce pays, est si grande et si belle qu’elle serait digne de s’élever en Espagne. Elle est pleine de palais et les pauvres y sont inconnus.[1] » Puis ils se firent le bras armé de l’Inquisition décidée à éradiquer l’idolâtrie, le culte du diable ! Ils s’acharnèrent tout particulièrement sur le Corichanca, l’« enceinte d’or », le recouvrant par le couvent Santo Domingo. Elle avait 400 mètres de côté et séparait les grands du reste du peuple ! Le roi-soleil de la France est aussi une caricature grotesque de ce qu’est la véritable royauté du corps du cœur et de l’esprit qui ouvre la Rose du Cœur et établit l’être dans la Solitude Solaire pour en faire un Etre de Radiance.
Les plaques d’or qui couvraient les murs de Cuzco à l’arrivée des Espagnols, certes mus par la cupidité, n’étaient plus que le reflet de la trahison de l’antique Tradition qui avait sombré bien des siècles auparavant, lorsque l’Inca avait concentré en lui le pouvoir sacerdotal et le pouvoir royal. Il en est ainsi de toutes les décadences ; c’est alors que les « culbuteurs » viennent balayer ce qui n’a plus lieu d’être, ce qui ne coule plus de Source. Dans l’ancienne Egypte, ce n’étaient pas les murailles qui étaient en or, mais « la chair des immortels[2] », ceux qui avaient transmuté leur corps de chair en corps glorieux, en corps conscient !
Comme le note justement René Guénon, les deux pouvoirs sacerdotal et royal de la tradition primordiale lorsqu’ils sont envisagés principiellement sont indifférenciés, mais se distinguent ensuite pour être manifestés[3]. Lorsque se commet « l’erreur à l’égard de l’Origine[4] », pouvoir sacerdotal et pouvoir royal au lieu de fonctionner dans leur unité-duelle, rivalisent entre eux, entraînant un monde de contre-nature qui doit aller au terme de sa destruction pour que soit ensuite restaurée la Tradition primordiale.
Une trace de cette ancienne Tradition se retrouve dans la manière d’agir qu’avaient les Pèlerins des Andes : « Lorsque les pèlerins des Andes avaient une information à transmettre pour ceux qui devaient passer après eux par ces chemins abrupts, voire précipiciels des sommets (par exemple : ne passez pas par là, danger…chemin éboulé… etc…), ils l’inscrivaient sur une pierre, sur un arbre, avec la certitude que le message serait transmis. Peu importe quand et comment. Ils savaient que “cela” aurait sa répondance.[5] » Les êtres ouverts aux énergies s’harmonisent naturellement avec leur environnement et leur attention est comme magnétisée par le message laissé à leur intention.
L’Inca Mayta Capac, à la fin du XIIème siècle et au début du XIIIème, essaya certes de revenir à la Tradition en restaurant le culte de l’Ancêtre primordial divinisé Viracocha, « Soleil des Soleils », créateur métaphysique, sans plus faire aucun cas du soleil et de la lune qui ne sont que ses créations ! Plus tardivement, Pachacutec (1438 – 1471) hésita entre les deux cultes lorsque les Chancas enfoncèrent les défenses de Cuzco. Il invoque alors Tiki Viracocha mais très vite, couvrant les murs de Cuzco d’or après sa victoire, il relance la polémique car les prêtres ne veulent plus adorer que le soleil terrestre. Il les scandalise en déclarant : « Comment moi, pourrais-je considérer comme maître du monde celui qui, pour nous éclairer, est obligé de travailler sans trêve aucune, tel un ouvrier, tout le jour ? Et dont le moindre petit nuage suffit à estropier l’éclat ou que les pluies empêchent de briller ?[6] » Il édicte que « le Soleil et la Lune ne seront adorés qu’après Illa Kon Kiti Viracocha, Seigneur suprême[7] » ! Une demi-trahison en quelque sorte, une concession faite à la puissante caste sacerdotale qui aurait pu le déposer.
L’un de ses successeurs, Tupac Yupanqui (1471-1493), prit la même option : « On dit que le Soleil est vivant et qu’il fait toutes les choses. Mais beaucoup ne se font-elles pas en son absence ?[8] ». Huayna Capac (1493-1525) ose regarder le soleil en face, bravant les croyances du grand prêtre et de la caste sacerdotale dégénérée ; et de dire en les scandalisant : « Je te dis que notre père le Soleil n’est pas le plus puissant, car, s’il était le maître suprême, une fois ou l’autre il s’arrêterait pour se reposer à son gré, même s’il n’en avait nul besoin[9] » ! Et certes, le soleil est-il serviteur, et combien fidèle !
Au temps de Huascar (1525-1532), le culte du soleil et de la lune l’emporta et un soleil d’or grand comme une roue de charrette retrouva la première place à Cuzco. Peu de temps après, Tahuantinsuyo fut pris par les Espagnols !
La grande place de Cuzco.
 
A Santo Domingo, nous nous retrouvons tous devant la Fontaine de la grande cour carrée de Qoricancha. Sur la droite, le temple des Etoiles ; le couloir est aligné dans l’axe des Pléiades ; il y a aussi le temple de la lune, la pièce de l’Eclair et celle de l’Arc-en-Ciel. Là se faisait le lien entre la Pachamama des vivants, la voie lactée et les constellations, demeures des dieux et des ancêtres. Une nouvelle fois, en cercle autour de la fontaine, nous nous recueillons dans un silence d’une étrange densité. A la demande de Fernando, j’exprime ce qu’est pour moi le culte du véritable Soleil, celui qui ne fait pas d’ombre. D’autres s’expriment aussi. Sans doute ce lieu sacré n’avait jamais reçu une telle visite…
SACSAYHUANAM
 
 
Sacsayhuaman.
Le lendemain, nous visitons Sacsayhuaman, la tête du puma, dont les ruines grandioses surplombent Cuzco qui est, lui, le corps du puma ; la tour Mayucmarca qui en était l’œil n’existe plus, rasée par les conquérants. Les trois enceintes en gradin zigzaguent sur 3 km, sur le plateau ; en contre-bas, la carrière d’où furent extraits ces blocs énormes qui furent tirés sur un plan incliné, encore visible, pour être ajusté là. Des reconstitutions furent faites qui montrent que la traction de blocs pesant des dizaines de tonnes n’est nullement impossible dès lors que la population est motivée et mobilisée pour un tel exploit. Les andins d’aujourd’hui ont pu reproduire l’exploit de leurs ancêtres ! « Dans tout le pays vous ne trouverez pas de murailles aussi magnifiques. Elles sont composées de pierres si grandes que personne ne peut croire qu’elles y ont été amenées par des êtres humains – elles ressemblent à des pans de rocher… Même la plus petite ne pourrait pas être transportée par trois voitures…[10] »
Il a fallu, aux dires des chroniqueurs, 30 000 ouvriers durant 70 ans pour accomplir ces travaux d’Hercule ! Certains blocs ont jusqu’à 9 mètres de haut et pèsent environ 350 tonnes ! Les murs laissent deviner d’immenses représentations, grossières il est vrai, mais que le peuple sait reconnaître : un serpent, un poisson, un oiseau, une fleur tubulaire de l’Inca, la kantuta. Les portes en forme de trapèze indiquent que ce lieu était la propriété de l’Inca ; c’est en quelque sorte le sceau de son pouvoir. Le 24 juin, à l’Inti Raimi, la fête du Soleil, se tiennent là encore les cérémonies traditionnelles où tout un peuple redécouvre la fierté d’un passé prestigieux. Celui qui incarne l’Inca porte sur sa poitrine le symbole du soleil et tient en main le sceptre en forme d’épi de maïs.
Observatoire astronomique.
 
Nous allons ensuite au sanctuaire de Qenqo, gigantesque bloc de rochers érodés, de crevasses et de niches naturelles, de passages menant aux salles intérieures ornées de dessins mystérieux, de bancs et d’autels. Sur la plate-forme, une stèle de 5 mètres, sur laquelle est gravé un grand puma que les Espagnols prirent pour le prince des enfers ! C’est un labyrinthe aux multiples replis, lieu antique d’initiation pour les futurs nobles qui devaient le parcourir par une nuit sans lune et traverser leurs peurs, faire un passage, vivre une initiation...
Une entrée du labyrinthe de Qenqo.
Une autre entrée de ce labyrinthe initiatique.
Un peu plus loin, en redescendant sur Cuzco, dans un site rocheux que l’on traverse par un long couloir, ce sera l’ultime rituel de l’offrande de l’eau. Fernando, toujours aussi prévenant, nous donne à chacun une bouteille d’eau. Tout en marchant, nous lançons cette eau en l’air, pour faire pleuvoir. Il pleuvra en effet pour le bien de la terre et des hommes… Nous avions eu la pluie à Agua Caliente, puis dans les jours suivants, sans jamais qu’elle nous gêne dans la visite des lieux sacrés et dans les rituels !
 
Certes, chacun des participants aura eu des impressions différentes des miennes mais aussi intenses. Tous nous aurons vécu, aux instants les plus forts, ce miracle de l’Unité du Tout dont on ne peut rien dire… Aussi ne sommes-nous séparés que par les apparences.
 
 


[1] - Pedro Sanchez de Hoz.
[2] - Inscription de Redesiyeh, Nouvel Empire.
[3] - Voir René Guénon - Le Roi du Monde – Gallimard, 1958, Les trois fonctions suprêmes, p. 36.
[4] - Platon, Karuna – L’Instruction du Verseur d’Eau - Nice : Les Editions de la Promesse, 2000
[5] - Platon Le Karuna – Nouvelle Lettre Ouverte à l’Ami sur le Chemin de la Vérité – Nice : Les Editions de la Promesse, 1998, p. 264.
[6] - Cité par M. Bruggmann et S. Waisbard – Les Incas – Arthaud, 1980, p. 146.
[7] - Id.
[8] - Id.
[9] - Id. p. 147
[10] - Pedro Sanchez, 1533.
 
Par Robert-Regor Charles Mougeot - Publié dans : soleil des Amériques
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Vendredi 28 juillet 2006
 
D'Ollantaytambo
au Machu Picchu
OLLANTAYTAMBO
Après cette halte, nous partons pour Ollantaytambo où nous passerons la nuit avant de prendre le train des Andes jusqu’à Agua Caliente, la porte du Machu Picchu. Fernando nous entraîne vers les ruines imposantes du palais, par les ruelles étroites de ce village construit sur l’image de l’épi de maïs ; nous verrons cela plus en détail au retour… Nous passons devant le bain de la Princesse, el Bano de la Nusta, une source guérisseuse entourée de pierres de taille ; la légende rapporte qu’une princesse Inca venait là se baigner. Nous nous arrêtons ensuite pour visiter le centre artisanal qui tend à enraciner les habitants dans leur passé. C’est l’une des fiertés de notre guide dont le livre est vendu partout, en espagnol, en anglais et en français, par les guides locaux qui sont associés financièrement à sa vente et intéressés par la connaissance de leur passé.
Une famille, connue de notre guide, nous ouvre ses portes. Les pièces sont spacieuses et sombres, avec des ouvertures minimes ; le sol est en terre battue, dans un angle, un lit sommaire ; la cuisine se fait à terre sur un feu dont la fumée noircit les murs, avec des ustensiles simples. Des outils sont pendus ça et là. Au-dessus de la porte, sont accrochées des plantes médicinales, des porte-bonheur, des amulettes... Il y a des crânes, sans doute ceux des ancêtres, posés sur une étagère, au milieu d’objets hétéroclites, poupées habillées, tapis roulés, images, photos noircies... L’ancien paganisme est ici bien vivant. La femme, souriante et accueillante, est occupée à nourrir les cochons d’Inde qui trottent partout en liberté, les cages étant ouvertes pour l’occasion. Les jours de fête, on prépare des cuys, des cochons d’Inde grillés, l’un des plats préférés des habitants, la nourriture de choix des Incas.
LE TRAIN DES ANDES
JUSQU'A AGUA CALIENTE
 
Départ le lendemain matin pour le but ultime, le Machu Picchu ! Ah ! Ce petit train des Andes ! Le trajet est extraordinaire ! Ici la végétation, déjà tropicale, contraste avec celle de l’altiplano bolivien. Les gorges ouvrent des perspectives grandioses. A perte de vue, sur les flancs des collines et des montagnes qu’embellissent des genêts en fleur, les cultures en terrasse circulaires transforment la pente en escaliers géants, ondes de formes dont les courbes épousent le relief qu’elles polissent. Un invisible réseau d’irrigation parcourt les flancs des montagnes rocailleuses et des collines ventrues. C’est un damier de verdure, un oasis qui préfigure l’Amazonie. Les troupeaux sont nombreux, moutons, lamas, alpagas et taureaux, gardés par les bergères au costume coutumier. Tout cela donne une impression sinon de richesse, du moins d’une vie moins difficile que dans l’austère Bolivie.
Agua Caliente ? Une théorie de restaurants, d’hôtels et d’étalages de souvenirs le long d’une voie ferrée ! Certains iront avant le départ se baigner aux sources chaudes qui font la réputation du lieu. Il s’agit pour nous d’abord de découvrir le site mémorable du Machu Picchu ! Nous ne sommes plus qu’à 2400 mètres d’altitude et l’environnement est vraiment tropical. Le car descend dans les gorges encaissées de l’Urumba avant de remonter d’interminables lacets.
 
La montée au Machu Pichu.

LA VILLE PERDUE DES INCAS



Au fond des gorges, le rio.

      Là, les pics oblongs sont verdoyants, silencieux. Ce ne sont plus les collines, mais les montagnes elles-mêmes qui sont taillées en gradins aux dénivelés énormes ! « La Ville perdue des Incas », « la Grande Montagne », est invisible depuis la vallée. La végétation est si luxuriante qu’elle avait recouvert entièrement les ruines abandonnées et restées inconnues des étrangers jusqu’à la découverte du lieu, en 1911, par l’Américain Hiram Bingham qui le pilla
[1]

       Il apparaît actuellement qu'il fut précédé par un homme d'affaire allemand, Augusto Berns, quarante ans plus tôt. CCelui-ci explora la citadelle de 1867 à 1870, fonda en 1887 une société qui pilla les lieux avec l'autorisation du gouvernement de l'époque. L'historien américain Paolo Greer dont les recherches ont abouti à cette découverte, a lancé un appel internationnal pour retrouver les objets pillés. (D'après David Keys, The Independent, Londres, juin 2008)

        Même écartelé après sa capture, l’Inca Tupac Amaru (1572) qui harcelait les Espagnols et se réfugiait là ensuite, garda le secret de l’emplacement de cette cité que les conquérants ne découvrirent jamais. Comme le sanctuaire de Choquequirao, à 3100 mètres d’altitude, à 70 km à l’Est du Machu Picchu, que les archéologues dégagent actuellement de la végétation tropicale qui l’a envahi pendant des siècles d’oubli. Pendant des siècles, aucun aborigène n’a trahi le secret !

 

Le Huay-Pichu dominant les escaliers en gradin.
Autre versant du Huay-Pichu.
La montée en pyramide.
Des escaliers interminables mènent à une ville de pierres. Les maisons des cultivateurs et artisans taillées grossièrement contrastent avec les palais et les temples aux pierres jointives, assemblées sans le moindre ciment, et dont les ajustements en trapèze résistent aux tremblements de terre. Bien trop grande pour un simple sanctuaire, ce n’est pourtant pas une place forte puisque toute fortification est absente ! C’est une ville dont on ignore encore le nom véritable !

 

 

La cité perdue...
Un escalier mène à El Torreon, la Tour aux pierres jointives. Aux maisons en ruines, il ne manque que les toits pour être habitables. Le réseau d’eau potable des Incas fonctionne toujours ! Plus haut, la cité des prêtres est sur l’un des flancs de la colline, l’autre étant occupé par l’Inca et sa suite.
 
Partout, des vues vertigineuses...
Au centre de cette ville se trouve le « mausolée du roi » creusé dans la roche. A l’entrée du souterrain, lieu d’initiation probablement, l’escalier est taillé dans la roche même ; nous y descendons dans le recueillement et l’émotion. Fernando nous a appris à poser la main gauche consciemment sur la pierre, à l’entrée de chaque lieu, pour demander humblement l’autorisation d’y pénétrer.
Ancien lieu d'initiation ?
La Pierre du Soleil, l’Inti Huaytana, véritable gnomon tétraédrique taillé dans le roc, est un calendrier extraordinairement précis qui guidait toutes les activités cultuelles et agraires. Les rayons du soleil levant le frappent aux endroits qui correspondent aux solstices et aux équinoxes ; l’inclinaison de la terre sur le plan de l’écliptique est gravée sur cet autel. Il évoque tout le mystère des relations que les prêtres incas entretenaient avec le Ciel et dont nous ne savons que bien peu de choses…
 

 
La Pierre du Soleil !
Les Incas ont observé le ciel pour assurer les cultures de la pomme de terre et du maïs, face à une nature hostile, pour prévoir l’imprévisible et assurer la nourriture de tout un peuple, mais aussi pour que les âmes des morts rejoignent les étoiles... Grâce à eux, les villages et les sites Incas ont été construits consciemment comme des projections des constellations du Puma, du Lama, de la Grenouille, du Lézard, du Condor, au point que cela est encore visible dans les plans des villes et villages ! Astronomes hors pairs, ils faisaient sculpter les montagnes pour que le soleil aux équinoxes et solstices projette, à l'aube, ses rayons à l'endroit juste : autels, centre du cercle des cultures en terrasses, visage de l'ancêtre primordial.
Le premier jour, nous fîmes la visite avec tous les commentaires que nous prodigua Fernando. Il nous montra la forme du Condor qu’épouse l’Hua Picchu, la « petite montagne » avec ses cultures en terrasse au bord d’à pics vertigineux. Ici, c’est le « Jeune Condor » qui prend son envol, le plus grand vautour du monde, le vultur gryphus, kuntur en quetschua, langue officielle des Incas. Le lieu est en lien avec la constellation du Condor. Comme partout, « le ciel est sur la terre[2] » ! Notre guide nous montre la forme du Lézard discernable dans le plan de la ville pour un Inca habitué à des représentations animales ou florales stylisées. Elle est en relation avec la constellation du même nom.
Le second jour, nous revenons très tôt, mais en silence cette fois, pour, en conscience, ressentir l’énergie de chacun des lieux. Dans un endroit calme, repéré la veille, autour d’une pierre centrale qui sert à cette occasion d’autel, nous faisons un long rituel d’action de grâce et de partage. De nouveau, l’akulli, véritable communion… La feuille de coca est la « drogue » traditionnelle d’ici, la plante de pouvoir, qui permet de décrocher de son monde lorsqu’elle est justement prise sous le contrôle du chaman, du Connaissant. Certains produits du terroir comme le peyotl au Mexique, le vin de Noah jadis en France, le bétel en Inde, la noix de cola en Afrique, etc... ont très souvent une fonction religieuse. Il en est ainsi pour les feuilles de coca ; elles n’ont pas seulement une fonction revigorante mais marquent le lien qui unit les Indiens à la Pachamama, la terre. Il me souvient maintenant qu’Alberto avait fait à Copacabana, le dernier soir, une divination traditionnelle avec la feuille de coca pour tous ceux qui lui en avaient fait la demande.

La montée au sommet par l'arrête.
Nous montons jusqu’au sommet de l’Huaya Picchu, escalade parfois impressionnante qui se pratique en suivant un sentier en escalier passant au bord du vide, mais aux passages les plus difficiles se trouvent des cordes ou des filins pour s’accrocher. Tout en haut, quel paysage impressionnant sur les gorges du rio Urumba ! Sur l’ultime rocher où je me repose, je découvre dans le roc… la forme du condor ! Certains auront la joie de recevoir de la providence le don d’une plume de ce roi des airs et plus encore le don de son énergie.
« Volando el horizonte el condor va,
sin temor saludando al sol con su valor
El hombre apenas aprende a andar,
Quiere ya pedir un arma para jugar,
 
Gritemos todos a una voz
no más hambre ni dolor !
Que el hombre sólo
quiere amor viviendo en paz y unidad, ay sin temor
 
El hombre es como el condor al volar,
De un lugar a otro lugar ha de volar…
La sangre entra en sus garras de dolor,
de maldad como imitación del hombre y su puňal…[3
 
Un Oiseau, c'est certain !
Au Machu Picchu, comme partout dans l’empire, l’espace est délimité selon le principe traditionnel d’opposition et de complémentarité. Il s’agit de maintenir un équilibre entre le Ciel et la Terre « grâce aux rituels sacrificiels, notamment des lamas noirs (dédiés à la Pachamama, la Terre nourricière) et blancs (dédiés à Inti, le dieu solaire) mais aussi humains. Un rapprochement est certainement à faire avec cet animal sacré car à certains moments de l’année, la constellation dite du lama céleste se retrouve juste à l’aplomb du site.[4] » La peinture rupestre d’un lama a été trouvée à Huayo Yari, dans la Haute Vallée sacrée. Des sacrifices humains eurent lieu, certes, mais beaucoup de fables circulent qui ne reposent que sur des rumeurs, comme pour les Vierges du Soleil de Cuzco qui se seraient réfugiées aux Machu Picchu pour y mourir[5] ! Que peuvent dire des sacrifices humains ces Espagnols qui provoquèrent ici le génocide de six millions d’Indiens[6], l’un des plus féroces qu’ait connu la terre ? Et les Européens qui ont sur la conscience les hécatombes monstrueuses des guerres dites mondiales et de tant de génocides ! Il y eut dans tous les peuples, à certaines époques, de tels sacrifices d’animaux et d’humains. Les prêtres incas agirent sans doute comme les druides en Occident qui parlent encore aujourd’hui des sacrifices faits naguère :
« Il fut un temps où nous usions des Taureaux, des Chevaux et des Etres humains : car la nécessité était forte d’imposer le Regard aux dormeurs en état de rêve.
Par la chair sacrifiée, par les attachements coupés, par la force du sang et de tous les hurlements : l’Idée était émise pour Appel et Rappel ; mais trop facile aujourd’hui serait cette imagerie-là ! Les SACRIFICES CONTINUENT et les Actes de sauvagerie (…)
Le Druide ne crie plus et ne sacrifie plus : mais eux, les Evénements, ils crient et sacrifient !
Vois-tu les Evénements ?[7] »
En effet, guerres et génocides font depuis un siècle des millions de sacrifiés, mais à quelles causes ? Au dieu « automobile » entre autres, que d’hécatombes consenties !
Et le Druide d’ajouter : 
« Depuis le Temps des temps, les Sacrifices d’humains : c’est le Passage à la Conscience Divine une fois pour toutes, au-delà de toutes les mentions et du regard des autres : cela se faisait dans le Sanctuaire avec tous les fidèles, au-delà de la mention de Vie et de Mort.
La plupart du temps, l’être est tué : à certaines époques, il fallait que l’être vive en véracité Cela dans sa chair pour pouvoir se souvenir ; on ne peut pas interpréter ce qui s’est passé dans le temps passé en liage avec maintenant. 
Il fallait coaguler l’être humain sur une solidité ; et la grande solidité : ce sont ses corps.
Comment lui faire prendre conscience de ses Corps ? En montrant que son corps de chair peut être détruit…[8] »
Les Sacrifices humains faits par les Connaissants permirent à l’homme de cette époque de voir que sa vie n’était pas limitée à l’apparence du corps physique. Puis il y eut partout la décadence et sans doute, les sacrifices humains continuèrent-ils dans la perversité qui trouve son apogée à notre époque avec une totale inconscience.
 
 
 
[1] - Le professeur Oswaldo Baca vit « entreposé chez son père à Ollantaytambo où Bingham louait une pièce, deux cent caisses contenant des objets exhumés à Machu Picchu par l’expédition Yale-Pérou ».
[2] - Titre d’un livre de Jacques Bourlanges qui montre comment, dans nos provinces, toutes les anciennes villes et les anciens villages reproduisaient sur terre le dessin d’une constellation. Par exemple, toute la région de Carcassonne se trouve être la projection de la constellation du cancer.
[3] - « Volant à l’horizon, le condor va,
sans crainte saluant le soleil de son courage
L’homme à peine apprend-il à marcher
Que déjà il demande une arme pour jouer.
 
Crions tous d’une seule voix
Plus de faim ni de douleur !
L’homme veut seulement de l’amour,
Vivre en paix et dans l’unité, sans crainte.
 
L’homme est comme le condor qui vole
D’un lieu à l’autre, il doit voler…
Le sang entre dans ses serres de douleur,
De méchanceté, comme imitation de l’homme et de son poignard… »
[4] - Isabelle Peloux – L’autre Machu Picchu – in Acrololis – N° 185, décembre 2004, p. 8.
[5] - D’après l’anthropologue John Verano, après réexamen des squelettes du Peabody Museum de Yale, squelettes trouvés sur le site du Machu Picchu, ceux-ci vont du fœtus au vieillard !
[6} Le bureau d'aide au mouvement indien indique, pour l'empire Inca, en 1530: 8 millions d'habitants et en 1590, 1,3 millions ! D'après Marcelino Barahona, op.cit.
[7] Emmanuel-Yves Monin, Le Manuscrit des Paroles du Druide sans nom et sans visage, Le Point d'Eau, 1990, p. 391-392. 
[8] Ibidem, p. 393-394.
 
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Par Robert-Regor Charles Mougeot - Publié dans : soleil des Amériques
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Vendredi 28 juillet 2006

 

DE PUNO A LA VALLEE DES MORTS

 

LES GRENIERS DE RAQCHI       

 

Dans l’après-midi, ce sont les greniers de Raqchi où les Incas pouvaient faire des réserves énormes de nourriture, pour les temps de disette, car le climat difficile rend les récoltes aléatoires. Quatre-vingt greniers aux capacités incroyables ! Comment sauvegarder la nourriture ? En la dessèchant ! Ainsi, avec les pommes de terre, on fait la tounta : on les fait geler ; les femmes les foulent aux pieds pour en détacher la peau ; elles trempent quinze jours dans l’eau glacée puis elles sont séchées à la gelée nocturne ! Tous les légumes sont ainsi transformés pour être conservés indéfiniment.

Cuzco, vu des ruines de Puka-Pukara, est une immense étendue de toits de tuiles rouges cernée par des collines stériles. Les murs impressionnants faits, comme partout, de pierres ajustées et encastrées, font inévitablement penser à une forteresse, comme le croyaient les Espagnols ; c’était très certainement un centre de douane, un point de contrôle des pèlerins et des voyageurs. Le centre cérémoniel a la forme du puma.

 

PREMIER CONTACT

 AVEC CUZCO,

CAPITALE DES FILS DU SOLEIL

 

Nous ne passerons qu’une nuit à Cuzco avant de repartir le lendemain dans la vallée sacrée des Incas. Juste le temps de découvrir, en fin d’après-midi, la place Huaycapata située à l’endroit exact désigné par Manco Capac ; elle est bordée par la cathédrale, imposante et lourde, construite sur l’emplacement du palais de l’Inca Viracocha, le Quisharcancha, avec les matériaux des palais voués à la démolition par des conquérants avides d’asseoir leur pouvoir sur les ruines de l’empire vaincu. Chaque Inca, chaque « Fils du Soleil », construisait son propre palais sans reprendre celui de son prédécesseur !

L’église baroque de la Compañia s’adosse à la cathédrale, construite par les Jésuites sur les ruines du palais du onzième Inca, Huyna Capac ; là, les artistes indiens la marquèrent de leurs croyances irréductibles par les représentations fréquentes de la lune et du soleil, mais aussi du serpent.

En remontant vers Amaru Hostal où nous logeons, partout, les bases des constructions espagnoles sont faites de murs anciens, parfois de pierres rectangulaires alignées, homogènes et compactes, parfois d’énormes pierres polygonales ajustées avec une précision phénoménale. Cuzco fut le « nombril » d’un monde, comme jadis Delphes en Grèce !

Que nous dit la Légende ? Les ancêtres primordiaux, Manco Capac et Macma Ocllo enfants du dieu Soleil Inti, lorsqu’ils sortirent du lac Titicaca, marchèrent jusqu’à Cuzco ; là le bâton d’or que le Soleil avait donné à Manco Capac s’enfonça dans le sol, et ils fondèrent la ville. Ils apportaient avec eux l’arbuste coca, un cadeau du Dieu créateur qui leur avait dit : « Puissiez-vous toujours me considérer comme votre père et enseigner aux enfants à m’honorer comme tel ! ». Cuzco est encore aujourd’hui la capitale de la coca.

Une autre version du mythe assure que Manco Capac triompha de ses trois frères et de leurs sœurs-épouses pour instaurer la civilisation ! Qu’importe ! Il y eut ici en des temps ô combien reculés, un Age d’Or, une connaissance véritable ; c’est-à-dire que le Lien Terre-Ciel fonctionnait justement… Nous en avons, au fond de nous, la nostalgie. Nous voudrions tous vivre dans un monde autre que celui que nous connaissons. Sans cesse les paradis qui habitent encore nos rêves remontent de notre mémoire cellulaire pour se traduire par des utopies qui n’arrivent jamais à maturité. Dans la culture judéo-chrétienne où notre société plonge ses racines, le mythe du paradis perdu est encore vivace. A en croire la Genèse, l’Homme Primordial habitait le “Jardin d’Eden” qui n’était que paix et amour. Tous les règnes de la création communiquaient dans l’harmonie et le Créateur était dans le contentement.

Cet état paradisiaque a-t-il existé dans la réalité terrestre ? On en doutait fortement jusqu’à une époque récente où une découverte vint perturber gravement les hypothèses des ethnologues ! Des amérindiens construisirent au nord du Pérou, il y a cinq ou six mille ans, les six pyramides de Caral[1] aussi imposantes que celles d’Egypte, la plate-forme qui les relie, l’amphithéâtre et le temple découverts il y a quelques années par l’archéologue péruvienne Ruth Shady. Pendant 1000 ans, les nombreux habitants de cette cité vécurent dans la paix, la joie et l’abondance. Ils cultivaient et commerçaient. Nulle trace de céramiques, ni d’outils de fer, aucune trace de guerres, de combats, de signes de peurs. Par contre, au fond des récipients qu’ils utilisaient, des traces blanchâtres d’aphrodisiaques, d’ayahuesca, de médications à base de plantes. C’est le seul endroit actuellement connu au monde qui témoigne d’un âge d’or ancien, la seule preuve connue que la guerre et le meurtre ne sont pas constitutifs de la nature humaine ! Cette cité aurait disparu à la suite d’aléas climatiques. Cette découverte met en miettes l’hypothèse que la guerre est inhérente à la condition humaine, comme veulent le faire croire ceux qui en font leur commerce ou qui acceptent l’état des choses en justifiant leurs lâchetés et leurs impuissances par une conception mentale !

Quelles sont les causes de cette éclipse presque totale des valeurs naturelles les plus saines, celles de joie, d’amour, d’abondance, de paix ? Comment s’est produit cette contre-nature qui pousse l’homme à la domination, au meurtre, à la guerre, au génocide, à la surexploitation des richesses dites naturelles ? Péché originel, ignorance, « erreur à l’égard de l’Origine »[2 ? Cette dernière dénomination est pour moi la plus juste. Toujours est-il que le mental humain a voulu instaurer sa domination sur la nature. Les traditions issues de la Tradition primordiale ont su longtemps maintenir la justesse, mais elles furent submergées, au fil des temps, par les projections mentales qui distordent l’Ego de la personnalité divine en chaque humain en sa caricature qu’est l’égo mesquin, individualiste, coupé de la Source de l’Unité du multiple. De l’indivi-dualité, le 2-1 de l’Evangile de Thomas, cette déformation a fait de chaque terrien un individu-alité, le 2 coupé de l’unité, hors de son lit, pris et déchiré dans les rets de la dualité ! Ainsi se sont succédés âges d’or, d’argent, de bronze et de fer, ultime aboutissement que nous vivons actuellement dans sa phase de destruction la plus grande, tandis que s’ensemence un nouvel âge d’or à venir. Ainsi se succèdent les cycles depuis la nuit des temps ! René Guénon précise que dans chaque âge se succèdent d’ailleurs les âges d’or, d’argent, de bronze et de fer. Serions-nous dans l’âge de fer de l’âge de fer ?

A Puno, nous avons rencontré Fernando qui va nous accompagner toute une semaine dans la vallée des Incas. Austère et froid d’apparence, mais chaleureux sans sentimentalité, ce fut un guide précieux, alliant des connaissances ésotériques à un savoir scientifique et historique ; il a écrit un livre très bien documenté, expliquant la symbolique des astronomes et des architectes de cette civilisation. Il a écrit, en quelque sorte, l'équivalent là-bas du livre sur la Vouivre, l'équivalent de The Sun and the Serpent [3] pour la Cornouailles ! pour la Cornouailles !... Il a semblé, à certains, être la réincarnation d’un ancien Inca, tant ses connaissances ésotériques sont précises, ses convictions fortes et sa fierté du passé grande ! Il a publié, avec d’autres collaborateurs, un livre remarquable qui résume toutes les observations qui ont pu être faites[4]. Nombre de constatations et d’informations qui suivent proviennent des commentaires qu’il nous fit.

A notre retour à Cuzco, nous visiterons plus longuement cette ville extraordinaire, la cité de l’or. Pour l’heure, nous prenons la direction du Machu Picchu par la route qui suit les méandres du rio Vilcanota.

   [1] - L’aventure humaine : Les pyramides oubliées de Caral, de Martin Wilson (G.B.) - ARTE, le 14-12-2002.

[2] - Karuna Platon – Op. Cit.
[3] - Hamish Miller et Paul Broadhurst – Editions Pendragon, Royaume Unis.
[4] - Fernando Elorrieta Salazar et Edgar Elorrieta Salazar – Cuzco et la Vallée sacrée des Incas – Ed. Cuzco Peru, 2003 – Traductions en Anglais et en Français.

 

L'AUBERGE DE LA CREVASSE, TAMPU MACHAY

 

 

Notre premier arrêt sera pour le site de Tampu Machay, «auberge de la crevasse», impressionnante construction que les Espagnols prirent là aussi pour une forteresse ! Fernando nous certifie que c’était une sorte de douane accueillant, contrôlant et logeant les pèlerins nombreux qui venaient à Cuzco, à pied, par des itinéraires ô combien difficiles et accidentés. Nous allons ensuite vers la Source guérisseuse, ancien lieu de pèlerinage traditionnel, située à quelques centaines de mètres. Elle a trois niveaux. Tout en haut, les quatre portes en trapèze, sceau de la propriété de l’Inca, rappellent qu’il régnait sur les quatre provinces. Au second palier, la source est unique et se divise en deux au dernier palier. Là, sur les conseils judicieux de Fernando, nous faisons le rituel traditionnel, prenant de l’eau de la main droite et de la main gauche, nous nous la versons sur la tête. L’une est yin et l’autre yang. Puis nous montons boire à la source unique qui a donné naissance à ce dualisme…

 

LA VALLEE DES MORTS

 

 

Nous reprenons la route pour Pisaq. Elle suit la vallée fertile du rio Vilcanota, qui se dénomme ensuite rio Urubamba. La vallée sacrée des Incas, étroite et encaissée, étale ses champs fertiles ; ils ont nécessité un travail extraordinaire. Partout, les cultures en terrasse escaladent des pentes abruptes tandis que les villages sont ramassés au bord du rio. Le moindre carré de terre est mis en valeur. Lorsqu’on arrive de la pauvre Bolivie, on est frappé ici par la proximité des arbres, par l’abondance de la végétation qui devient de plus en plus luxuriante au fur et à mesure que l’on descend vers Agua Caliente, porte de l’Amazonie. Dans les champs, les Péruviens cultivent encore un nombre incroyable de variétés de pommes de terre et de maïs, des tubercules appelés ocas. « La terre est aimée comme une mère. Elle distribue les récoltes servant à nourrir l’humanité ; les femmes enceintes adressent leurs prières à la mère terre. Les Péruviens honorent particulièrement la terre à l’époque des semailles, et aspergent les champs de chicha (maïs fermenté).
Le maïs, la coca, la pomme de terre sont des plantes sacrées de nature féminine. (1)» Dans certaines danses traditionnelles au son des grandes quena, l’homme représente l’oca et la femme la pomme de terre.
Au hasard de la route, nous voyons les troupeaux de moutons, de lamas, d’alpagas qui paissent sous l’œil des bergères quechua dans les espaces moins fertiles.
Nous nous arrêtons dans un site extraordinaire, des ruines perchées sur une colline escarpée.

 

Nous escaladons tant bien que mal les champs en terrasse pour dominer une immense falaise, d’une hauteur remarquable, suivant la vallée. C’est celle des morts, celle du vieux condor dont la silhouette est comme imprimée dans la roche. Là les pèlerins âgés venaient pour mourir, là on apportait les corps des défunts pour les rites mortuaires : les prêtres procédaient aux cérémonies ; les corps étaient préparés, éviscérés, desséchés et momifiés. Les inhumations se faisaient dans les grottes de la falaise qui étaient ensuite obstruées. Un nombre inimaginable d’indiens reposent là. Fernando nous dit que les grottes ouvertes sont celles qui ont été profanées. Dans ce lieu, en lien avec la constellation du condor, le « Vieux Condor » emporte l’âme des morts dans la voie lactée (comme les âmes des pharaons rejoignaient après leur mort la constellation d’Orion). Mais, nous précise Fernando, les nobles n’ont pas besoin du Condor pour rejoindre les étoiles ! Cela se comprend en vérité si l’on sait ce qu’est la noblesse véritable, celle du corps, du cœur et de l’esprit, tout comme l’est la royauté véritable. Dans la prière suivante datant de deux millénaires avant J.-C., les traces de la Tradition primordiale sont perceptibles :  

 

 

 

« Viracocha, seigneur de l’Univers
Que tu sois masculin ou féminin
Seigneur de la reproduction
Qui que tu sois
Seigneur de la divination, où es-tu ?
Peut-être es-tu en haut,
Peut-être es-tu en bas.
Ecoute-moi :
Dans le ciel au-dessus, où tu es peut-être,
Dans la terre au-dessous, où tu es peut-être.
Oh viens donc, Toi qui es grand comme les cieux
Seigneur de toute la terre, grande cause première,
Orienteur des hommes,
Dix fois je t’adore, en conservant mes yeux tournés vers le sol,
Cachés par les cils, je te cherche.(2) »

Sans doute est-ce mal compris actuellement et la traduction est-elle maladroite. Elle garde les traces de vérités métaphysiques anciennes. Ne dit-on pas que de son souffle, il aplatit ou élève les sierras, il allonge les plaines, comble les vallées. L’eau ou le feu jaillissent des rochers sous ses pas. Viracocha est partout, sans localisation ; il est la source originelle, « la grande Cause première », au-delà du masculin et du féminin, l’ancêtre originel qu’on pourrait dire androgyne comme il est dit du premier Adam, Adam Kadmon, dans le Zohar.
Cette falaise ressemble en tout point à celle de Bandiagara où les Dogons, au Mali, inhument leurs morts dans les grottes en descendant les corps depuis le sommet de la falaise avec des cordes, comme ici. Ils sont en lien avec la planète Sirius.
Les Indiens savent qu’ils sont éternels. Ils « croient que les esprits de leurs ancêtres, les sages guérisseurs, ont rejoint la sagesse du grand Esprit lumineux, et continuent à travailler dans le monde invisible pour les vivants, communicant sous diverses formes avec l’être humain, pour faire de la terre un lieu de paix et de fraternité.
Les Indiens savent que leur passage sur la terre sera unique. Pour cette raison, ils vivent intensément leur vie sur terre.
Les vivants et les morts sont unis pour toujours.(3) »
Certes, ce sont là les croyances traditionnelles communes à tous les peuples aborigènes. Même s’il y a « réincarnation », sur terre, comme le croient certains, chaque existence restera unique et il est essentiel d’oser vivre !

 

LE MARCHE DE PISAQ

 

A Pisaq, l’ancienne forteresse coiffe le sommet de la haute colline dentelée ; elle est imposante. Ces pierres roses ajustées sont encore mieux taillées que celles de Cuzco ! Elle est au centre d’une couronne de montagnes découpées par les gorges de rios que l’on dit poissonneux. Ce fut jadis un lieu stratégique. Les bâtiments sont impressionnants et les cimetières s’étendent sur plus de quatre kilomètres, donnant une idée de ce qu’a été le peuplement ici.
En bas, dans la vallée, la ville de Pisaq étale un marché inoubliable ! A côté de tout l’artisanat magnifique qui fait le bonheur des touristes, il y a la partie vivante du commerce local. On y trouve tout ce qui est tissé, tout ce qui est cultivé par un peuple industrieux, habile et courageux : mantas - amples châles des femmes, ponchos, étoffes tissées avec le métier traditionnel - le telar de cinturon, lainages et cotonnades. Mais aussi des instruments de musique : harpes, tambours de toutes tailles en peau de lama, sifflets, des sortes de mandoline, des flûtes maintenant en roseau et jadis en os, en souvenir de cet Indien inconsolable qui, après la mort de sa bien-aimée, tailla la première flûte dans l’os de sa jambe ! Des flûtes de terre aussi, renflées comme des grenouilles ! Et puis tout un capharnaum : pharmacopée, calebasses décorées, pommes de terre des plus petites aux plus grosses, quinoa, maïs aux couleurs surprenantes - non seulement jaune d’or, mais noirs ou rouges, fèves, carottes, tomates, rudas - sorte de pigment gonflé, la hierba bona - menthe que l’on fait infuser dans le matte, l’écorce de la chincona capable de lutter contre la malaria, des amulettes, des poudres de toutes les couleurs pour les teintures, des coquillages, des chuquichuquis, insectes noirs et rouges, toutes sortes de chenilles, toute une apothicairerie étrange pour nous. Les guérisseurs, les chamans, tout comme les médecins d’ailleurs, les utilisent. Ils « sont en communion avec les esprits qui les aident.[4 », ils soignent par les plantes, les racines, les feuilles, les fleurs, les fruits, les écorces d’arbre[5]… Mais leurs pratiques et leurs enseignements furent déclarés hérétiques et démoniaques par les évangélisateurs catholiques ! « Les missionnaires déclarèrent que la maladie est une punition de Dieu. Ils martyrisèrent l’âme des Indiens par l’idée du péché, de l’enfer, du démon, et du péché de chair » tout comme ils le firent partout où ils oublièrent que Dieu, l’Energie de la Vie, est Amour !
Par endroits, des marmites chauffent sur le feu de bois. Les Indiens se régalent de boulettes frites farcies de viande et de pommes de terre, de tamales - pains de maïs roulés avec des légumes, de morceaux de cœur de bœuf, de truites du lac Titicaca[6]. Ailleurs, c’est la chicha, faites avec le maïs fermenté qui est vendu dans des jarres de terre séchée.
Les toits des maisons de Pisaq, comme dans tous les villages de la vallée, portent sur leur faîte le couple de taureaux protecteurs qui assure la fécondité[7]. On peut voir dans les champs, ces couples de taureaux attelés aux araires dont le soc est encore en bois. Jadis, et sans doute encore aujourd’hui, « les Indiens des Andes demandaient pardon à la Terre-Mère de l’avoir blessée en labourant pour cultiver le sol et prélevaient ce qui était nécessaire à leur subsistance. Ils lui étaient reconnaissants de les nourrir. De même demandaient-ils pardon à l’animal qu’ils tuaient par nécessité. Ils maintenaient les traditions et légendes de leur race. Tous les hommes rouges savaient que “blesser la Terre est se retourner contre son créateur[8]” »[9]
Que de leçons pour les Occidentaux !

 

 


[1]- Marcelino Barahona dans La médecine des Indiens du Pérou – Faculté de Médecine Paris-Nord, Bobigny, 1992, p. 14.

[2]  - Ibidem.  

[3] - Idem, p. 12.  

[4] - Idem.

[5] - Ils utilisent entre autres :

« - l’algorrobo (Prosofis linensis). De cette plante on extrait un jus, l’algorrobina, qui soigne l’impuissance sexuelle,

- la Misha, mélange de plusieurs plantes, utilisée contre les maladies infectieuses (accompagnée de 10 jours de diète),

- la Callahuala (Polypodium callahualla), dépurative et provoquant la transpiration,

- Escoyonena (Homiantes multiflores), émolliente et diurétique,

- Juan Alonzo (Xanthium ambrosoides), en fusion contre l’alcoolisme,

- l’alchicoria, contre l’anémie,

- del Soldado o’matico (Piper augustifolium), pour cicatriser les blessures. »

Marcelino Barahona dans La médecine des Indiens du Pérou – Faculté de Médecine Paris-Nord, Bobigny, 1992, p. 21.

[6]  Le Pérou est le premier exportateur de… farine de poisson avec laquelle on nourrissait il y a peu herbivores et carnivores !

[7] - Curieusement, le taureau est aussi l’animal totémique des espagnols !

[8]  - « Sauvons les Tribus pour sauver notre avenir » - Dossier de Ariane Fiess, Robert Gelly et Eugène Linden, Revue Ça m’intéresse, n° 130, décembre 1991.

[9] - La Vouivre un symbole universel – Kinthia Appavou et Régor R Mougeot, ch. « L’état naturel de l’homme », 3e édition à paraître prochainement aux Editions EDIRU.

 


 

 

 



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